Se confronter à la difficulté d'écrire un récit :

La séance 6 de la semaine dernière devait être celle de la présentation du travail de chaque groupe à la classe. Cependant, la lecture des productions nous a montré que l'on était loin des récits attendus. Face à la difficulté de lecture des extraits de carnets (qui n'étaient pas transcrits, mais bruts) et un vocabulaire qui posait des problèmes de compréhension malgré leurs recherches, les élèves ont souvent essayé de trouver les éléments marquants et les insérer dans une chronologie. Une liste de date et de faits ne fait pas un récit. Le début de la séance 6 a donc été consacré à la lecture de deux travaux et d'une discussion sur chaque afin de mettre en évidence les qualités (sélection d'informations pertinentes par exemple) et les défauts (résultat qui décourage le lecteur en quelques lignes, ce qui fut leur avis général et non notre commentaire préalable). Les groupes ont eu une heure pour remédier à ces défauts.

Au bout d'une heure, la grande majorité des groupes n'avait réussi à retravailler qu'une partie de leur texte, surtout les groupes ayant travaillé sur les parties les plus complexes (la distribution des ateliers était faite en fonction de la difficulté : plus le groupe était nombreux, plus il avait d'extraits de carnets à étudier).

Confrontés aux difficultés d'écriture et de mise en forme des élèves, nous avons considéré que donner à nouveau une séance pour améliorer les textes serait non pas une perte de temps mais un risque de lasser les élèves avec un travail difficile dont ils ont du mal à percevoir la finalité. Il a donc été décidé d'évaluer le résultat des trois séances de travail et de faire une restitution collective au cours des trois prochaines séances afin de corriger collectivement les textes.

Pour motiver les élèves à participer activement à un tel travail qui est bien plus difficile qu'il n'y paraît (réfléchir à partir de ce qui existe déjà et le reformuler à l'oral), nous leur avons saisi 25 courts extraits différents des carnets de Joseph Degaugue, à charge pour chacun d'exploiter son extrait au moment opportun au court des deux premières séances de travail.

Les trois séances seront organisés de la manière suivante :

  • Séance 7 : travail sur un seul texte, le premier. Beaucoup de temps est à consacrer à ce premier groupe car il s'agit de ses débuts à la guerre et de nombreux éléments mis en place ici auront une utilité dans la suite du récit. Qui plus est, il faut le temps aux élèves d'appréhender ce qui leur est demandé, comment travailler ainsi (s'écouter, prendre la parole en attendant son tour, réfléchir à la formulation de son idée et à sa reformulation en tenant compte des remarques).
  • Séance 8 : travail sur les textes des groupes 2 et 3. Une nouvelle fois, le travail sera long pour le groupe 2 car Joseph évoque longuement la guerre de tranchées. Les groupes suivants nécessiteront moins de temps car nous n'entrerons plus dans le détail de son quotidien mais évoquerons les grandes lignes de son long parcours.
  • Séance 9 : Travail sur les groupe 4 à 8. Les travaux étaient plus courts et nécessitent un peu moins de reformulation.

Déroulement de la séance 7 :

Si l'exercice était difficile, les élèves ne nous ont vraiment pas déçu : réussissant à maintenir leur concentration toute la première heure, puis la demi-heure après la pause, le travail a réellement permis une amélioration très nette du récit du premier groupe, donnant satisfaction à tous. Aux élèves car ils peuvent constater que leur travail a un résultats dont ils n'ont pas à rougir ; les enseignants car nous ne savions pas quel serait le résultat final et que ce récit n'est pas celui des adultes mais bien celui fruit du travail à toutes les étapes des élèves. Reste à convaincre les lecteurs.

Voici les trois étapes du travail des cinq élèves du groupe 1 - Marion, Marion, Julie, Léa et Clément - ainsi que les extraits des carnets distribués aux élèves au cours de la séance 7 pour compléter le travail déjà réalisé.

Bonne découverte.

B. C.

 


Séances 4 et 5 : Texte rendu le 23 novembre

Le 31 juillet, à Joinville, Joseph Degauge est en train de faire son service militaire. Il veut revoir ses parents mais son ami Albert Lecerf lui déconseille de partir : les militaires n'ont pas le droit de sortir car la guerre est imminente.

Au cours du mois d'août, Joseph est nommé caporal : il va gérer quelques hommes. Il regrette de ne pas avoir revu ses parents.

Le 10, en Belgique, on lui accorde un petit moment de bonheur en prenant une douche et un petit déjeuner. Peut-être est ce que ce sera la dernière fois avant plusieurs mois.

Le 13, il voit des Allemands qui se font tuer et il se dit que ce sont peut-être des pères de famille.

Le 19, son père vient le voir au risque de sa vie. Il mange avec son père. Joseph lui donne une mèche de cheveux.

Le 23, les militaires font quarante kilomètres à pied pour arriver à Anthée. Il connaît son baptême du feu (la première fois qu'il va au combat) et il se fait tirer dessus.

Le lundi 31, il participe à un nouveau combat, ils sont sur le point de se faire prendre le drapeau du régiment. Joseph lutte pour le protéger. Les blessés sont abandonnés et le drapeau est remis à l'officier qu'il avait lui-même abandonné.

Le 13 septembre, il capture un Allemand qui avait volé de la nourriture.

Le 16, Joseph a faim, les Allemands gaspillent leurs munitions.

Le 17, les Allemands envoient une grande quantité d'obus. Joseph a perdu plusieurs de ses amis.

Le 29, les soldats restant regrette d'être soldats.

Le 30, Joseph espérait que la guerre finisse de mars à août 1915, alors qu'elle va finir en 1918.

 


Séance 6 : texte rendu le 30 novembre

Joseph Degaugue est en train de faire un stage de gymnastique pendant son service militaire à Joinville. Le 31 juillet 1914 il retourne à Givet pour continuer son régiment. Il a envie de revoir ses parents mais son ami Albert Lecerf le lui déconseille car il pourrait se faire exécuter. Au début du mois d'août Joseph est nommé caporal, il va gérer quelques hommes. Il regrette de ne pas avoir revu ses parents car il sait qu'il peut mourir pendant la guerre. Quelques jours plus tard, en Belgique, on lui accorde un petit moment de bonheur en prenant une douche et un petit déjeuner. C'est la dernière fois avant plusieurs mois. Le 13 août il voit des allemands.

 


Séance 7 : Extraits des carnets de Joseph Degaugue utilisés pour compléter le travail réalisé par le groupe 1.
Source :
Carnet de juillet-octobre 1914 de Joseph Degaugue, Archives départementales de la Sarthe, 1J461/1.

13 août – " [en avant poste au nord de Dinant], nous avons vu 8 Allemands. 2 ont été tués. Quel spectacle. Ce sont peut-être des pères de famille. Mais foule enivrée de joie."

19 août - "Mon père vient me voir (...). Le reverrai-je ? Je lui donne un mèche de cheveux. (...) Séparation touchantes. Je pense à ma mère."

23 août - "Après avoir fait 40 kilomètres [depuis Brioul], on arrive à Anthée. On pense à se reposer tant on est fatigué. On continue. On se forme en ligne de section. Déploiement en tirailleurs. Bonds pendant 1300 mètres environ. Quelle course !"

23 août - "Inconscience sous les balles. Charge à la baïonnette. Écrasé par mitrailleuses allemandes."

31 août - "Allemands reculent (...). Blessés allemands achevés ! (...) Blessé avec bras arraché."

31 août - "Drapeau abandonné (...) Je garde le drapeau. Fais le coup de feu mais inutile et impossible de tenir. Je me replie les derniers. Blessés abandonnés. On rend le drapeau à l'officier qui l'avait abandonné."

13 septembre - "Cormicy. Je fais un prisonnier dans un grenier. Il a pillé les Comptoirs Français, a ses poches pleines de bonbons, tablettes, vanille."

17 septembre - "1 shrapnell tue Gobert près de moi. Un 2e obus bouleverse tout. Je suis couvert de mort (...). Blessés crient. Stockelet agonise derrière moi se tort dans les affres (...) Caporal Ducoffe, caporal Servais, Masson tués."

29 septembre - "Les 22 qui restaient de la 5e reconstituent la compagnie avec des soldats du dépôt."

30 septembre - "Cela n'avance pas. La guerre ne sera guère terminée avant mai à août 1915."

 


Résultat du travail en fin de séance 7 :

 

En route vers la guerre

Depuis le mois d'octobre de l'année 1913, Joseph Degaugue est en train de faire son service militaire. Le 31 juillet 1914, il finit son stage de gymnastique à Joinville et il retourne à Givet au 148e régiment d'infanterie. Avant d'être mobilisé, il aimerait revoir sa famille mais son ami Albert Lecerf le lui déconseille car il pourrait pris pour un déserteur. Il commence la guerre caporal : il commande huit hommes. Au moment, où son régiment entre en Belgique pour combattre les Allemands, Joseph écrit dans ses carnets qu'il regrette de ne pas avoir revu ses parents. Il a le privilège de pouvoir prendre une douche et un petit déjeuner : c'est sans doute la dernière fois qu'il peut le faire car c'est la dernière fois qu'il le note dans ses carnets avant le 11 novembre 1914.

 

Le baptême du feu

Il ne prend pas plaisir à tuer ses ennemis : le 13 août, il voit des Allemands qui se font tuer et il se dit que ce sont peut-être des pères de famille. Quelques jours après, alors qu'il est dans la zone des combats, son père vient le voir au risque de sa vie. Il mange avec son père. Joseph lui donne une mèche de cheveux : c'est un geste d'adieu car il a conscience qu'il peut mourir à tout instant. Il regrette de ne pas avoir vu sa mère.

Le 23 août, son régiment fait quarante kilomètres à pied pour arriver à Anthée. Joseph subit son baptême du feu (la première fois qu'il va au combat) et il se fait tirer dessus. Après avoir battu en retraite, il participe le 31, à un nouveau combat particulièrement rude et difficile : le régiment ne perd pas son drapeau car Joseph le défend mais ce jour là, le régiment perd la bataille. Les blessés sont abandonnés.

Deux semaines plus tard à Cormicy, il capture un Allemand qui avait volé de la nourriture.

Autour du 17 septembre, les combats font rage autour de Berry-au-Bac : Joseph perd ses compagnons d'arme autour de lui, il a faim. Il écrit dans ses carnets : « Je suis couvert de mort (...). Blessés crient. Stockelet agonise derrière moi se tort dans les affres (...) ».

En un mois la 5e compagnie a perdu 90% de ses effectifs : prisonniers, tués, blessés. Joseph fait partie des 22 rescapés. Le 30 septembre, Joseph espère encore que la guerre finisse entre mars et août 1915