Nous avons animé pendant quatre ans le club "Mes ancêtres dans la Première Guerre mondiale". Nous avons toujours échoué à créer un mouvement de questionnement des élèves vers les membres de leur famille afin de recueillir les éventuels souvenirs sur un ou plusieurs personnes ayant participé à ce conflit. Au mieux, la confirmation de la participation à la guerre, à la bataille de Verdun, d'une blessure, mais une phrase, et le plus souvent rien.

Loin de nous décourager, nous nous sommes interrogés sur la manière de présenter ce questionnement quand nous avons constaté, une fois de plus cette année, que notre incitation au dialogue entre générations restait lettre morte.

Le problème ne vient-il pas , outre la situation fréquente et réelle de l'oubli dans les familles, que les jeunes ne voient pas ce que cela pourrait apporter ? Partant de ce constat, nous nous sommes demandés comment rendre ce souvenir plus palpable, créer la curiosité qui pousserait les jeunes de 14 ans à interroger leur famille. Pour créer cette curiosité, faisons venir une personne qui va parler de son grand père et leur montrer la richesse de ces souvenirs.

La lecture de biographie la semaine dernière, malgré lamise en évidence de l'importance des ressources familiales, de la force des souvenirs, si elle a suscité de la curiosité, des idées de mise en forme, n'a pas donné de résultats sur le point qui nous intéresse. Même chose suite au long travail sur Marcel Dixneuf qui reposait énormément sur les ressources d'une famille en documents et sur quelques souvenirs.

C'est de manière fortuite que monsieur Hubert est entré dans le projet. Voisin d'une collègue, il a tout de suite accepté de venir parler de son grand père dont le souvenir est très vivant dans sa mémoire. De passage au collège lors des portes ouvertes, nous avons pu fixer une date pour son intervention en fonction du calendrier du projet. Muni de ses souvenirs et de ses documents, monsieur Hubert est venu à la rencontre de la classe ce jeudi.


Préparation de la séance :

La venue de monsieur Hubert et la raison de son intervention n'ont été présentés que jeudi dernier en fin de séance : créer de la curiosité, une interrogation. Ce matin, nous avons consacré quelques minutes de la fin du cours de Français pour rappeler les consignes quant à l'attitude attendue, le déroulement de la séance et le petit questionnaire qui allait être distribué.

A 10h15, monsieur Hubert est accueilli au collège, à 10h20 la classe est prête, à 10h25, la séance commence.

Sept élèves se sont portés volontaires pou aider Brayan à prendre des notes sur cette intervention. En effet, Brayan n'ayant pas trouvé d'ancêtre ayant participé au conflit, il est chargé de la rédaction de la biographie de Louis Marchand, grand père de monsieur Hubert.

Quatre générations :

Monsieur Hubert a commencé le récit de la vie de son grand père par la jeunesse. rapidement, les élèves ont pu constater la sécheresse et la maigreur des données de la fiche matricule sur ce thème quand on les compare aux souvenirs de famille.

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Avant d'entamer le récit de son parcours à la guerre, une période de questions/réponses a permis aux élèves de parler avec monsieur Hubert sur des points qui n'avaient pas été abordés dans le récit.

Sur le récit de son parcours militaire, finalement peu d'éléments autres que ceux de la fiche matricule. Mais la rareté des discussions sur le sujet en famille est fréquente, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas des informations et des souvenirs indirects comme nous avons pu le constater dans la troisième partie consacrée à sa vie après-guerre. Le souvenir direct de monsieur Hubert, la mémoire des discussions, la prise de sens de faits qui en avaient bien peu à l'époque... Jusqu'au moment qui nous a, tous, beaucoup marqué, l'évocation très émouvante de la mort de cet homme, puis de son épouse, décès lié en partie au traumatisme de la guerre.

Après la seconde série de questions des élèves, la séance s'est poursuivie par la présentation d'une carte sur Louis Marchand et sa compagnie dans les combats du 67e RI à Verdun le 21 juin 1916. Ou comment, d'une simple citation notée dans la fiche matricule, on peut arriver à faire le récit d'une journée. Et finalement la mettre en relation avec des souvenirs.

Cerise sur le gâteau, monsieur Hubert, a apporté quelques objets qui ont eu un succès certain : quelques photographies et surtout les médailles de Louis, dont la fameuse croix de guerre dont l'une des étoiles a été obtenue pour les combats du 21 juin 1916 à Verdun évoqués auparavant.

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La légion d'honneur a particulièrement attiré la curiosité des élèves.

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Bilan :

Les dernières minutes ont été consacrées à une mise en forme de leurs impressions sur cette séance. Jamais une séance n'a fait à tel point l'unanimité : tous les élèves ont écrit leur satisfaction, chacun pour des raisons différentes mais que l'on peur regrouper en deux thèmes :

- Créer une envie : Bryan a écrit "Cela peut donner l'espoir de savoir un peu plus sur la vie de notre ancêtre". Pour Kévin "Cela nous a bien aidé pour savoir comment nous allons améliorer notre biographie et de plus que parler avec une personne qui a connu une personne de la guerre 14-18 est intéressant".

- Approfondir la vision de la vie de l'époque pour aller au-delà de la chronologie et de ce qui est sur la fiche matricule. Sébastien : "Ça donne du vivant". Amandine précise : "C'était très intéressant de l'écouter parler de son grand père car on a appris des choses, c'était émouvant à certains moments". Quentin ajoute : "C'est mieux que quelqu'un raconte que c'est sur document (...) Il y a de l'émotion car il raconte la vie de son grand père".

En espérant que cela aura de réels effets sur le questionnement des élèves dans leur famille !


B. C.