Après la séance où chacun a présenté l'homme sur lequel il va travailler, le groupe a consacré cette séance à lire, commenter, analyser trois biographies. En effet, l'expérience du club les années précédentes nous a montré la difficulté de sortir d'un récit biographique chronologique, un peu sec. C'est d'autant plus dommageable que si les biographies se ressemblent, on lit la première, puis on abandonne les autres. Alors que chaque parcours est individuel. La forme fait que l'on passe à côté de récits riches en faits historiques, en émotion même.

La méthode a été la suivante : une lecture par un professeur puis une discussion d'au moins 20 minutes autour de ce qui les a marqué, de la construction de la biographie, des choix réalisés pour accrocher le lecteur.

Première biographie :

Source : Ouest France hors série « L'Ouest dans la Grande Guerre », novembre 2009. Pages 102-103.

Texte_1

L'étude du texte a commencé par des réactions des élèves à la dernière phrase. Qui en est l'auteur ? Qu'apporte-t-elle au récit ? Quentin a su montrer qu'il s'agit d'une chute. Certes, un phrase simple mais qui est un véritable coup de poing. Elle arrive après la longue lettre du sous-lieutenant, pleine d'espoir. Une lettre qui est finalement plus longue que la biographie en elle-même ! La chute est d'autant plus inattendue que rien dans le début du texte ne laisse présager une telle fin.

Le début du texte a laissé perplexe : très descriptif, des phrases courtes mal reliées les unes aux autres, une sorte de catalogue. Mais tout change avec le début du second paragraphe : "Victor, grand gaillard aux yeux bleus d'1,74m...". L'auteur apporte des éléments de manière plus subjective à l'aide de ce qu'il a : des données physiques, mises en relation avec la photographie. Ce n'est pas du roman, juste une manière différente de dire les choses. Différente et qui parle plus au lecteur.

Au final, trois pistes ont été notées afin de personnaliser la biographie :

- Introduire des citations documents (surtout s'il s'agit de lettres ou de témoignages) ;
- Un peu de subjectif ;
- Travailler la "chute".

Deuxième biographie :

Source : Ouest France hors série « L'Ouest dans la Grande Guerre », novembre 2009. Pages 80-81.

Texte_2

Les élèves ont tout de suite vu la spécificité de ce texte : il est construit autour d'un événement qui a totalement bouleversé la vie d'une famille. Le fait en lui-même tient en une phrase, mais ses conséquences occupent tout le reste du texte comme elles ont suivi cet homme tout le reste de sa vie. Vie courte comme l'indique la dernière phrase. Un texte autour de la douleur, de la souffrance. Si fort que finalement l'image a fait l'objet de peu de commentaires.

Les conséquences humaines du conflit apparaissent nettement, à la fois pour le combattant, mais aussi pour son épouse, ses enfants. Il s'agit d'ailleurs de la présentation d'un homme faite par son fils, ce qui explique aussi l'angle choisi.

Trois autres pistes ont été notées suite à la discussion sur ce texte :

- Faire ressortir de l'émotion, mais pas artificielle ;
- Imaginer un titre ;
- Ne pas hésiter à entrer tout de suite dans le vif du sujet, quitte à revenir après sur certains aspects antérieurs de la vie de l'homme.

Troisième texte :

Texte_3Avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Voici une biographie particulière. Le ton y est très personnel, il pousse à la réflexion, à se poser des questions. Pas de long portrait, l'image le rend inutile ; peu d'éléments sur sa jeunesse, mais le fond du texte est de mettre en avant un homme et un événement. En apportant de multiples éléments qui permettent de découvrir sa vie au moment de son départ, en essayant d'imaginer ce qu'il pensait, nous ne sommes pas seulement le lecteur, on devient le narrateur de cette histoire. En insistant sur la situation familiale, on insiste sur le tragique. On s'approprie la réflexion de l'auteur. Ce qui crée une fois encore l'émotion quand on voit la fin, tragique, de cette vie. Ce texte est celui qui a le plus touché la classe. Il multiplie, de manière fluide, les éléments qui permettent de rentrer dans le texte, d'avoir envie d'avancer : questionnement, citations de courriers qui permettent de rendre le récit plus vivant, explication de ce qu'il faisait ce jour là, sons, images...

La fin du texte a fait l'objet de plusieurs questions : pourquoi citer les onze autres hommes ? Une manière de montrer un sort partager par douze hommes, de mettre en avant leur âge dans ce destin commun. Pourquoi donner une médaille à un mort ? L'expression "à titre posthume" a été donnée. Il s'agit de dire à la famille qu'il a eu un comportement digne d'éloges, de rendre cette mort plus supportable, puisqu'il s'agit d'un sacrifice pour le bien de tous, une mort honorable.

Le passage subjectif "Les mots sont vides de sens face à une telle tragédie" a été identifié. L'auteur exprime son propre sentiment, une fois encore pour pousser le lecteur à la réflexion.

"Ironie du sort, son fils Lucien a été fait prisonnier par les Allemands, en juin 1940, près de l'endroit où il tomba". Cette anecdote (mot trouvé par Kévin) est une ellipse narrative, une mise en perspective qui mise en parallèle avec la phrase précédente de la médaille pose la question de l'utilité de cette mort.

Une seule pistes notée car ce texte reprend celles énoncées précedemment : un peu de subjectif, des citations, des anecdotes, des images : ne pas hésiter à centrer le récit sur un seul événement si la vie de l'homme le permet.

 

Les élèves devront, avant de commencer à rédiger, indiquer comment ils souhaitent organiser leur biographie, afin que chacune ait quelque chose de particulier.

La fin de la séance a été consacrée à la préparation de la semaine prochaine : une personne vient nous présenter son grand-père et discuter avec les élèves sur le souvenir.

 

B. C.