Après les séances sur ce qu'était l'horreur de la guerre et la difficulté d'en parler, puis les trois séances d'écriture, cette séance 12 met fin au cycle "dire l'horreur". Les travaux réalisés ont tous été évalués, saisis et insérés dans la lettre originale de Marcel Dixneuf.

Afin de dresser le bilan de l'activité, six travaux ont été choisis. Chacun a été lu par un professeur et écouté par le groupe. Après chaque lecture, les élèves ont eu 5 minutes pour mettre par écrit leurs impressions :

- les textes ajoutés s'intègrent-ils bien dans la lettre ?
- Y a-t-il des incohérences ? (le mot a été expliqué et illustré)
- un avis argumenté sur le texte.

Après chaque écoute et rédaction de l'avis par les élèves, un temps de discussion permettait de mettre en évidence les qualités et les défauts des textes.

Voici les 6 textes sélectionnés. Les parties rédigées par les élèves sont en italique.


Texte 1 :

Ypres, vendredi 18 décembre 1914

Bien chère petite Emilie,

J'ai reçu hier soir ta lettre du 8 ainsi qu'une de P. Priou du 8 également.

Je n'ai encore pu avoir ma photographie dont je t'avais parlé. Je n'y compte plus guère maintenant, mais tacherai de redemander encore. Quels souvenirs en effet ma chère petite Emilie. Quand on songe aux temps du tout petit encore. Je me rendais avec toi à l'école ou mon plaisir être « sur mes Genoux » ! Quel beau temps alors, mais n'y pensons pas, courage, c'est un mauvais moment à passer. Dieu écoutera nos prières et permettra que nous vivions encore cette bonne vie de famille d'autrefois ! Hélas, il en manquera à l'appel ! Mais nous savons bien qu'il n'y a pas de bonheur complet en cette terre et ne soyons pas trop exigeants !

Prions donc pour que cette guerre s'achève bientôt et le jour qui nous annoncera la paix sera un bien beau jour ! Plus heureux que vous, malgré ce mauvais temps. Je ne suis même pas enrhumé. Qui aurait cru cela de moi. Vraiment je ne me croyais pas aussi solide ! Merci du bonjour de Mle Reine. Qu'elle espère toujours en effet pour son frère. Peut-être recevra-t-elle bientôt une lettre lui disant qu'il est prisonnier. Je n'ai pas toujours eu le temps de te raconter dans mes lettres, tous les mauvais moments que j'ai passé depuis cette guerre. Je crois que les premiers jours passés en Belgique furent plus mauvais que maintenant, surtout au point de vue dangers ! En ce moment, nous avons surtout à souffrir des intempéries, mais nous sommes moins exposés. A notre arrivée en Belgique, le 66ème avait attaqué plusieurs fois. Dans les trachées, avant l'attaque, l'inquiétude monte. Emilie, avant l'attaque, je prie souvent pour ne pas être tué, j'ai tellement envie de rentrer pour tous vous revoir. Avant l'attaque nous avons tous la boule au ventre, nous tenons nos armes bien fort, personne ne se parle, nous échangeons quelques regards et nous comprenons : chacun sait que c'est peut-être la dernière attaque, chacun sait qu'il peut mourir. Personne n'aime quand le chef dit : « Baïonnettes aux canons ! », « Allez ! » ou « A l'attaque ! » Heureusement que tous les jours ne sont pas comme ça. Je pense et j'espère que tu comprends cette douloureuse souffrance. C'est une horreur ! M^me quand on y est pas, on y pense. Beaucoup de soldats de mon régiment sont morts. Je ne peux pas t'en dire plus, ma petite Emilie, ne t'inquiète pas. Sache que je pense beaucoup à vous. J'aurais des tristes choses à te raconter à ce sujet, mais il me faudrait trop de temps pour l'écrire ! Emilie, la vie au quotidien est dure, notre équipement est de 40 kilos environ, nos capotes sont sales et usées. On ne peut se laver que quand on est au repos. Quand nous avons faim deux hommes partent chercher à manger mais il y a 4 ou 5 kilomètres environ et on mange froid très souvent. Quand nous sommes au repos mes camarades s'échangent du tabac. Quand il pleut nous avons froid même très froid car on ne peut pas faire de feu sinon les adversaires verraient où nous sommes placés. Nous sommes fatigués et nous souffrons.  Allons, je te quitte. Je te parle aujourd'hui de tout ceci, toi même me le demandant dans ta lettre. Je crois que c'est assez décousu, enfin tu m'excuseras car tu dois bien penser que je n'ai pas le temps de me faire de brouillon !

Je t'embrasse bien bien dur,

Meilleurs baisers à tous,

Marcel


Texte 2 :

Ypres, vendredi 18 décembre 1914

Bien chère petite Emilie,

J'ai reçu hier soir ta lettre du 8 ainsi qu'une de P. Priou du 8 également.

Je n'ai encore pu avoir ma photographie dont je t'avais parlé. Je n'y compte plus guère maintenant, mais tacherai de redemander encore. Quels souvenirs en effet ma chère petite Emilie. Quand on songe aux temps du tout petit encore. Je me rendais avec toi à l'école ou mon plaisir être « sur mes Genoux » ! Quel beau temps alors, mais n'y pensons pas, courage, c'est un mauvais moment à passer. Dieu écoutera nos prières et permettra que nous vivions encore cette bonne vie de famille d'autrefois ! Hélas, il en manquera à l'appel ! Mais nous savons bien qu'il n'y a pas de bonheur complet en cette terre et ne soyons pas trop exigeants !

Prions donc pour que cette guerre s'achève bientôt et le jour qui nous annoncera la paix sera un bien beau jour ! Plus heureux que vous, malgré ce mauvais temps. Je ne suis même pas enrhumé. Qui aurait cru cela de moi. Vraiment je ne me croyais pas aussi solide ! Merci du bonjour de Mle Reine. Qu'elle espère toujours en effet pour son frère. Peut-être recevra-t-elle bientôt une lettre lui disant qu'il est prisonnier. Je n'ai pas toujours eu le temps de te raconter dans mes lettres, tous les mauvais moments que j'ai passé depuis cette guerre. Je crois que les premiers jours passés en Belgique furent plus mauvais que maintenant, surtout au point de vue dangers ! En ce moment, nous avons surtout à souffrir des intempéries, mais nous sommes moins exposés. A notre arrivée en Belgique, le 66ème avait attaqué plusieurs fois. J'ai participé à une attaque plus qu'atroce. Les soldats avaient des baïonnettes au bout de leurs fusils, ils transperçaient le corps de mes amis. C'était un mauvais moment. J'ai réussi à toucher quelques personnes, je ne sais pas si je les ai tuées, mais je sais que je les ai touchées. J'avais vraiment peur de mourir, je tremblais de tous mes membres. Pour les Allemands, nous étions des insectes. Un soldat voulait me dire quelque chose, cette chose avait l'air importante, je n'ai pas réussi à l'entendre. Juste après que les derniers mots sortent de sa bouche, il a reçu une balle. Il m'a lancé un dernier regard et il tomba par terre. Je sentais une odeur de fumée. J'ai entendu un cri : un homme venait de recevoir un éclat d'obus. Quand un obus a éclaté, de la terre m'est rentrée dans la bouche : elle avait goût de sang. Je pense que quelqu'un était mort à cet endroit. J'aurais des tristes choses à te raconter à ce sujet, mais il me faudrait trop de temps pour l'écrire ! 

Je n'ai pas très faim, mais du chocolat ne serait pas de refus ! Nous ne pouvons jamais nous reposer car nous devons toujours surveiller si les ennemis attaquent. J'ai vu un de mes camarades mourir. Il avait un bras en moins, il était très faible. Comment vont-il l'annoncer à sa famille ? Je me le demande bien. Je ne pensais pas que la guerre serait si difficile. Je ne m'attendais pas à avoir des conditions de vie si difficiles ! Je ne pensais pas être séparé de vous si longtemps. Tous les jours, je prie pour que dieu nous sauve la vie ! Si je meurs, n'oublie pas que je t'aime et que tu es la meilleure des sœurs. Prie pour moi ! Je vous aime beaucoup. Si je meurs, j'espère que mon corps ne restera pas sur le terrain à se décomposer. J'espère surtout qu'il sera ramené dans la famille. Vous me ferez un enterrement quand même ? Je ne pense pas vous revoir de sitôt.

Allons, je te quitte. Je te parle aujourd'hui de tout ceci, toi même me le demandant dans ta lettre. Je crois que c'est assez décousu, enfin tu m'excuseras car tu dois bien penser que je n'ai pas le temps de me faire de brouillon !

Je t'embrasse bien bien dur,

Meilleurs baisers à tous,

Marcel

 



Texte 3 :

Ypres, vendredi 18 décembre 1914

Bien chère petite Emilie,

J'ai reçu hier soir ta lettre du 8 ainsi qu'une de P. Priou du 8 également.

Je n'ai encore pu avoir ma photographie dont je t'avais parlé. Je n'y compte plus guère maintenant, mais tacherai de redemander encore. Quels souvenirs en effet ma chère petite Emilie. Quand on songe aux temps du tout petit encore. Je me rendais avec toi à l'école ou mon plaisir être « sur mes Genoux » ! Quel beau temps alors, mais n'y pensons pas, courage, c'est un mauvais moment à passer. Dieu écoutera nos prières et permettra que nous vivions encore cette bonne vie de famille d'autrefois ! Hélas, il en manquera à l'appel ! Mais nous savons bien qu'il n'y a pas de bonheur complet en cette terre et ne soyons pas trop exigeants !

Prions donc pour que cette guerre s'achève bientôt et le jour qui nous annoncera la paix sera un bien beau jour ! Plus heureux que vous, malgré ce mauvais temps. Je ne suis même pas enrhumé. Qui aurait cru cela de moi. Vraiment je ne me croyais pas aussi solide ! Merci du bonjour de Mle Reine. Qu'elle espère toujours en effet pour son frère. Peut-être recevra-t-elle bientôt une lettre lui disant qu'il est prisonnier. Je n'ai pas toujours eu le temps de te raconter dans mes lettres, tous les mauvais moments que j'ai passé depuis cette guerre. Je crois que les premiers jours passés en Belgique furent plus mauvais que maintenant, surtout au point de vue dangers ! En ce moment, nous avons surtout à souffrir des intempéries, mais nous sommes moins exposés. A notre arrivée en Belgique, le 66ème avait attaqué plusieurs fois. Entr'autre je me souviens d'un jour ou plutôt d'un soir d'attaque ou notre compagnie fut tant éprouvée et ou avait été blessé mon camarade de combat de Baupreau, ou moi même avait encore une balle d'obus dans mon sac. Ce soir, ayant perdu liaison à notre gauche, nous sommes arrivés dans une tranchée ennemies occupée qu'à notre droite par eux. Ceux-ci sont arrivés en face de nous et c'est alors que nous nous sommes aperçus que nous étions bien trop avancés. Les balles soufflèrent fermes encore cette nuit là et je fus encore protégé ! Je prie dieu maintenant que c'est passé. Que j'ai passé le 28 octobre les plus tristes moments, souvenirs terribles à jamais gravés dans ma mémoire. Nous fûmes bombardés le soir et les obus tombaient en plein sur notre tranchée. Mon ancien caporal fut tué (sans doute car personne ne l'a vu depuis) près de moi ! Nous étions au milieu de la fumée, respirant avec peine, notre tranchée était en partie démolie, et je fus obligé, pour me replier comme les autres, de passer sur un tas de morts en partie couverts de terre. J'aurais des tristes choses à te raconter à ce sujet, mais il me faudrait trop de temps pour l'écrire ! Un camarade, la figure en sang et le côté ouvert, appelait ses parents et me demandait de prévenir un pays de ma compagnie. Qu'il allait mourir et qu'il fallait en prévenir ses parents etc. Je puis te dire que j'ai eu cette fièvre du « feu » ou la soif vous étrangle ayant à la gorge ce goût âcre de la poudre qui ne s'en va pas, cette fatigue qui vous étreint et coupe les jambes au point de ne plus pouvoir marcher ! La veille de ce bombardement, nous avions reçu l'ordre de charger à la baïonnette. J'avais écrit des recommandations à mon ancien caporal qui fut tué le lendemain car la charge à la baïonnette, c'est presque toujours la course à la mort ! Nous avancions déjà quand nous fûmes accueillis par un feu violent ! Nous reçûmes l'ordre de nous replier et nous revînmes dans nos tranchées sous le feu de l'ennemi. On s'était aperçu que l'ennemi avait une fausse tranchée en avant et le commandant ne donna pas l'ordre de charger à tout son bataillon. La 10e Cie alla jusqu'au bout, et le capitaine tomba mort au milieu d'une grande partie des siens ! Ce soir là, je fus encore protégé ! Je ne t'en dis pas d'avantage car j'en écrirai des pages ! L'autre jour, le 9 je crois, je reçu encore une autre balle dans mon sac, la troisième. Remercions dieu de tout cœur, de m'avoir protégé déjà tant de fois et prions toujours qu'il veille sur moi jusqu'au bout ! Comme le frère à Philomène. Je me demande encore comment je suis encore debout !

Allons, je te quitte. Je te parle aujourd'hui de tout ceci, toi même me le demandant dans ta lettre. Je crois que c'est assez décousu, enfin tu m'excuseras car tu dois bien penser que je n'ai pas le temps de me faire de brouillon !

Je t'embrasse bien bien dur,

Meilleurs baisers à tous, Marcel



Texte 4 :

Ypres, vendredi 18 décembre 1914

Bien chère petite Emilie,

 

J'ai reçu hier soir ta lettre du 8 ainsi qu'une de P. Priou du 8 également.

Je n'ai encore pu avoir ma photographie dont je t'avais parlé. Je n'y compte plus guère maintenant, mais tacherai de redemander encore. Quels souvenirs en effet ma chère petite Emilie. Quand on songe aux temps du tout petit encore. Je me rendais avec toi à l'école ou mon plaisir être « sur mes Genoux » ! Quel beau temps alors, mais n'y pensons pas, courage, c'est un mauvais moment à passer. Dieu écoutera nos prières et permettra que nous vivions encore cette bonne vie de famille d'autrefois ! Hélas, il en manquera à l'appel ! Mais nous savons bien qu'il n'y a pas de bonheur complet en cette terre et ne soyons pas trop exigeants !

Prions donc pour que cette guerre s'achève bientôt et le jour qui nous annoncera la paix sera un bien beau jour ! Plus heureux que vous, malgré ce mauvais temps. Je ne suis même pas enrhumé. Qui aurait cru cela de moi. Vraiment je ne me croyais pas aussi solide ! Merci du bonjour de Mle Reine. Qu'elle espère toujours en effet pour son frère. Peut-être recevra-t-elle bientôt une lettre lui disant qu'il est prisonnier. Je n'ai pas toujours eu le temps de te raconter dans mes lettres, tous les mauvais moments que j'ai passé depuis cette guerre. Je crois que les premiers jours passés en Belgique furent plus mauvais que maintenant, surtout au point de vue dangers ! En ce moment, nous avons surtout à souffrir des intempéries, mais nous sommes moins exposés. A notre arrivée en Belgique, le 66ème avait attaqué plusieurs fois. Nous nous sommes faits bombarder par les Allemands. Les Allemands nous mitraillaient. Je pris tout le temps pour que la guerre s'arrête et je prie aussi pour te revoir Emilie. Les choses horribles de la guerre, c'est de voir les cadavres se décomposer dans les tranchées. Mes camarades et moi nous croyons que les jours passés dans ces tranchées sont nos derniers jours à vivre.

J'aurais des tristes choses à te raconter à ce sujet, mais il me faudrait trop de temps pour l'écrire ! Vivre la guerre est très difficile car chaque heure qui passe , nous pensons à nos familles. Puis le moment arrive de quitter le repos. Nous sortons de nos pensées, prenons un grand bol de courage pour se rendre au village de Poëlcapelle en franchissant le ruisseau de Haanebeke. Emilie, tu as bien de la chance d'être là où tu es car moi, chaque jour, je porte 40 kilos sur mon dos. J'ai toujours ma capote bleue et mon pantalon rouge depuis août. Nous nous lavons pendant le repos.

Allons, je te quitte. Je te parle aujourd'hui de tout ceci, toi même me le demandant dans ta lettre. Je crois que c'est assez décousu, enfin tu m'excuseras car tu dois bien penser que je n'ai pas le temps de me faire de brouillon !

Je t'embrasse bien bien dur,

Meilleurs baisers à tous,

Marcel



Texte 5 :

Ypres, vendredi 18 décembre 1914

Bien chère petite Emilie,

J'ai reçu hier soir ta lettre du 8 ainsi qu'une de P. Priou du 8 également.

Je n'ai encore pu avoir ma photographie dont je t'avais parlé. Je n'y compte plus guère maintenant, mais tacherai de redemander encore. Quels souvenirs en effet ma chère petite Emilie. Quand on songe aux temps du tout petit encore. Je me rendais avec toi à l'école ou mon plaisir être « sur mes Genoux » ! Quel beau temps alors, mais n'y pensons pas, courage, c'est un mauvais moment à passer. Dieu écoutera nos prières et permettra que nous vivions encore cette bonne vie de famille d'autrefois ! Hélas, il en manquera à l'appel ! Mais nous savons bien qu'il n'y a pas de bonheur complet en cette terre et ne soyons pas trop exigeants !

Prions donc pour que cette guerre s'achève bientôt et le jour qui nous annoncera la paix sera un bien beau jour ! Plus heureux que vous, malgré ce mauvais temps. Je ne suis même pas enrhumé. Qui aurait cru cela de moi. Vraiment je ne me croyais pas aussi solide ! Merci du bonjour de Mle Reine. Qu'elle espère toujours en effet pour son frère. Peut-être recevra-t-elle bientôt une lettre lui disant qu'il est prisonnier. Je n'ai pas toujours eu le temps de te raconter dans mes lettres, tous les mauvais moments que j'ai passé depuis cette guerre. Je crois que les premiers jours passés en Belgique furent plus mauvais que maintenant, surtout au point de vue dangers ! En ce moment, nous avons surtout à souffrir des intempéries, mais nous sommes moins exposés. A notre arrivée en Belgique, le 66ème avait attaqué plusieurs fois. Mais comme souvent, la première fois est la plus horrible, les minutes avant l'attaque sont un des épreuves les plus difficiles de la guerre. Nous sommes courbés en deux, en priant de ne pas se faire pilonner par des obus. Nous sommes concentrés, très concentrés et on pense à nos familles. Je pense à vous, je prie dieu de pouvoir vous serrer dans mes bras, de revoir vos doux visages remplis de douceur et d'amour. Je prie encore et encore pour pouvoir rentrer à la maison et que cette horrible guerre s'arrête. Parfois, je fermais les yeux et quand je les ouvrais, mon espoir d'arrêter ce cauchemar disparaissait... Mais le signal du lieutenant nous tire de nos pensées, bien que nous préfèrerions rester et dans un dernier soupir, nous nous lançons à l'attaque en hurlant de rage, et de peur. Je n'oublierai jamais le champ de bataille, je n'oublierai jamais les cris d'horreur poussés par mes compagnons lorsqu'ils se faisaient transpercer par les baïonnettes allemandes. Je n'oublierai jamais le bruit que faisait l'explosion d'un obus qui s'écrase à 5, 10, 15 ou 20 mètres de nous ; les balles qui sifflent, les obus qui miaulent, les hommes qui crient, c'est le rythme insoutenable de la guerre. Je vois encore les fusils dont le canon était rougi par la chaleur d'avoir trop tiré, la fumée qui s'échappait des canons juste après avoir tiré leurs obus, les balles des mitrailleuses faire tomber nos lignes et les baïonnettes sanglantes transpercer mes compagnons. Je sentais la sueur perler sur mon front quand, le cœur battant, j'entendis notre lieutenant ordonner la retraite. Une fois en « sécurité », nous sentions encore les odeurs de poudre, nous entendions encore les cris de douleur et nous voyions encore des choses que je n'ose pas te décrire tellement elles étaient horribles. J'aurais des tristes choses à te raconter à ce sujet, mais il me faudrait trop de temps pour l'écrire ! 

En effet, je suis obligé de partir pour aller ravitailler mes compagnons en première ligne. La guerre est très imprévisible car je ne sais jamais quand je serai au repos et comme tu dois le savoir, je ne peux pas écrire dans les tranchées.

Allons, je te quitte. Je te parle aujourd'hui de tout ceci, toi même me le demandant dans ta lettre. Je crois que c'est assez décousu, enfin tu m'excuseras car tu dois bien penser que je n'ai pas le temps de me faire de brouillon !

Je t'embrasse bien bien dur,

Meilleurs baisers à tous,

Marcel



Texte 6 :

Ypres, vendredi 18 décembre 1914

Bien chère petite Emilie,

J'ai reçu hier soir ta lettre du 8 ainsi qu'une de P. Priou du 8 également.

Je n'ai encore pu avoir ma photographie dont je t'avais parlé. Je n'y compte plus guère maintenant, mais tacherai de redemander encore. Quels souvenirs en effet ma chère petite Emilie. Quand on songe aux temps du tout petit encore. Je me rendais avec toi à l'école ou mon plaisir être « sur mes Genoux » ! Quel beau temps alors, mais n'y pensons pas, courage, c'est un mauvais moment à passer. Dieu écoutera nos prières et permettra que nous vivions encore cette bonne vie de famille d'autrefois ! Hélas, il en manquera à l'appel ! Mais nous savons bien qu'il n'y a pas de bonheur complet en cette terre et ne soyons pas trop exigeants !

Prions donc pour que cette guerre s'achève bientôt et le jour qui nous annoncera la paix sera un bien beau jour ! Plus heureux que vous, malgré ce mauvais temps. Je ne suis même pas enrhumé. Qui aurait cru cela de moi. Vraiment je ne me croyais pas aussi solide ! Merci du bonjour de Mle Reine. Qu'elle espère toujours en effet pour son frère. Peut-être recevra-t-elle bientôt une lettre lui disant qu'il est prisonnier. Je n'ai pas toujours eu le temps de te raconter dans mes lettres, tous les mauvais moments que j'ai passé depuis cette guerre. Je crois que les premiers jours passés en Belgique furent plus mauvais que maintenant, surtout au point de vue dangers ! En ce moment, nous avons surtout à souffrir des intempéries, mais nous sommes moins exposés. A notre arrivée en Belgique, le 66ème avait attaqué plusieurs fois. Je me préparais à partir. On entendait les mitrailleuses et les hurlements de mes compagnons. Notre chef de section nous appela pour nous dire que nous allions bientôt partir. La peur commençait à monter en moi. Je priais pour ne pas mourir. La guerre est vraiment horrible. Sur le champ de bataille, il reste les corps des combats précédents. Quand tu les vois, tu espères ne pas finir comme eux. Je mis mes équipements : baïonnette au fusil... Le combat est terrible comme tous les autres, les cris, les regards des hommes sont terrifiants. Celui que je connaissais le plus se fit tuer devant mes yeux. Je ne veux plus en parler et je suis heureux que tu ne vois pas ça. Moi, j'aurais voulu de pas le vivre. J'aurais des tristes choses à te raconter à ce sujet, mais il me faudrait trop de temps pour l'écrire ! 

Nous avons trois jours de repos. J'en profite pour vous écrire. J'ai le temps de manger, je ne m'inquiète plus pour le moindre bruit. Se laver au bout de 3 à 6 jours, ça fait vraiment du bien. De temps en temps, je suis de corvée de nourriture que j'apporte aux soldats de première ligne ou de seconde. Je bois du vin et je mange du pain et aussi ce que vous m'avez envoyé. Pendant le temps restant, je prie pour être de retour à la maison rapidement.

Allons, je te quitte. Je te parle aujourd'hui de tout ceci, toi même me le demandant dans ta lettre. Je crois que c'est assez décousu, enfin tu m'excuseras car tu dois bien penser que je n'ai pas le temps de me faire de brouillon !

Je t'embrasse bien bien dur,

Meilleurs baisers à tous,

Marcel



Seuls cinq textes ont pu être lus et discutés en 1h20 car les échanges furent nombreux et riches. Paradoxalement, les élèves ont fini par avoir un niveau d'exigence beaucoup plus grand sur le contexte, ce qu'aurait dit Marcel ou non... qu'ils ne l'ont été avec eux-même bien souvent.

 

Le texte 1 a été le texte le plus apprécié car ne montrant pas d'incohérences et un style proche de celui de Marcel. Les phrases courtes ont aidé à ce résultat.

Le texte 2 a été plus discuté car il a moins fait l'unanimité. Des mots ont posé problème : "ami", "je t'aime". La manière d'exprimer ce que Marcel ressentait a été vu comme trop "cru", trop violent. Certains ont aussi pensé que Marcel n'aurait pas parlé de sa propre mort, ni qu'il aurait exprimé aussi fortement ses émotions, et qu'il n'aurait pas réclamé de chocolat à sa sœur. Mais ils ont oublié qu'une partie de l'évaluation du travail portait aussi sur des critères de langue.

Le texte 3 a eu sont lots d'incohérences relevées : des détails trop sanglants et violents, des passages confus, le "etc.". Les expression "course à la mort" et "marcher sur les morts" ont fait débat. Par contre, la foi et le ressenti de Marcel étaient bien mis en évidence.

Le texte 4 était le seul à donner des effets de réel efficaces comme les détails de l'équipement, l'utilisation de noms de lieux réels. Vu comme détaillé bien que court, ce texte a été le deuxième le plus apprécié.

Le texte 5 a été vu comme simple dans le choix des mots et dans le ton de Marcel. La description des combats est la plus précise des textes proposés et le recours importants aux figures de style apporte un vrai plus au texte.

La surprise...

Nous souhaitions garder 10 minutes à la fin de la séance afin d'avoir le temps de discuter du tour que nous avons, une nouvelle fois, joué aux élèves. Mais au lieu de 10 minutes, ce sont vingt qui ont été consacrés à cela car les élèves ont été plus loin que prévu dans leurs demandes.

Un des textes est en fait de Marcel Dixneuf. Il a écrit une seule et unique fois ce qu'il a vécu car sa sœur le lui a demandé. Nous avons questionné la classe pour savoir lequel il pouvait s'agir. 15 d'entre eux ont pointé du doigt le 5e, 8 le texte 4, 1 le texte 2, et aucun les deux derniers. Nous vous invitons à relire les textes afin de vous faire votre propre opinion avant de lire la suite qui contient la réponse.

Voici la liste des auteurs des textes :
1. Marine
2. Léa
3. Marcel
4. Solène
5. Sébastien
6. Brayan

A noter que les élèves ont demandé à réentendre la lettre de Marcel en entier. Comme l'a fait remarquer Jérémy, une fois que l'on sait, on ne l'écoute et on ne l'entend plus de la même manière. Et les élèves ont demandé à entendre le 6e texte avant de partir.

Pour terminer le travail commencé sur Marcel Dixneuf, les élèves vont devoir à partir de la semaine prochaine réaliser sa biographie complète en travaillant en groupes. L'objectif est double : réunir toutes les informations disponibles pour construire une biographie collective la plus riche possible et illustrée, publier leur travail sur le blog, sur le site du collège et sous la forme de panneaux qui seront exposés lors des prochaines portes ouvertes du collège.

B. C.