Toujours un programme dense. Pour une avant-veille de vacances, cela peut paraître audacieux, mais nous avions besoin de planter le décors pour la suite des activités qui commencerons en février après la fin de la biographie de Marcel Dixneuf. Puis faire réaliser un travail d'écriture en liaison avec tout ce qui a été fait depuis plusieurs séances. Le reporter après les vacances, ce serait prendre le risque que la mémoire se soit émoussée, que les informations soient moins précises, leur vision moins nette. Nous n'avons pas été déçus, une fois de plus, par la motivation et les productions de la 4e F.

Après Marcel Dixneuf ? IDD phase 2 :

Ce matin, à la fin du cours de Français de la classe, nous avons présenté l'étape suivante de l'IDD. Nous avons choisi de le faire hors de l'IDD même afin de pourvoir rester dans le sujet pendant l'heure et demie qui s'annonçait déjà bien courte pour le programme proposé. Pendant un quart d'heure, nous avons présenté la prochaine étape, expliqué le travail que chaque élève va devoir faire et donné la documentation nécessaire pour réussir à faire leur arbre généalogique.

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L'arbre généalogique est téléchargeable en cliquant Arbre_généalogique sur ce lien au format pdf.

Une partie du temps a été consacré à expliquer comment compléter cet arbre, où se situent les élèves, comprendre qu'il y a un côté pour la famille de la mère et un pour la famille du père. Finalement, pour rassurer les éventuels élèves concernés, il a été précisé que qu'il ne leur était pas possible de faire une partie de l'arbre en raison d'événements qui peuvent intervenir dans l'histoire d'une famille, il n'y avait pas de problèmes. De même s'ils souhaitent travailler sur la famille du beau-mère ou de la belle-mère, nous n'y voyons pas d'objections.

Le travail est à commencer dès les vacances afin de profiter des rencontres familiales plus fréquentes en cette période. Un premier bilan sera fait dès le jeudi 6 janvier prochain.

Retour sur la séance 8 :

La première demi-heure a été consacrée à une reprise partielle de deux documents étudiés par un groupe la semaine dernière : trois Haï-Ku et deux extraits du texte de Genevoix.

L'objectif principal était de mettre en avant les figures de style afin d'inciter les élèves à essayer d'en utiliser dans leur prochaine production écrite.

Le travail sur les trois Haï-kai a principalement porté sur la recherche des figures de style afin de mettre en évidence la manière de montrer la guerre par les mots. 
Dans le premier, on a le champ lexical de la mort avec des mots comme "ensanglantée", "mourir" et "cadavres". Rien que le sens du mot "ensanglantée" porte la mort. Ce n'est pas dit de manière violente. Ces trois vers ne forment pas qu'une simple phrase : il s'agit d'une forme poétique de dire les choses mais sans rime. cette forme poétique avec trois vers est appelée Haï-ku (Haï-kai au pluriel).

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Dans le deuxième, les soldats sont les fourmis, l'artillerie le talon. Les armes deviennent des personnes, les personnes des insectes. Personnification de l'artillerie. Le choix des mots n'est pas innocent : le mot "écrabouille" quand on le prononce a des sons qui font penser à l'écrasement et sous-entend une idée de plaisir. Le "nous" montre que celui qui écrit est parmi ceux qui se font écraser. Il s'agit ici d'une piste d'écriture proposée aux élèves : le choix d'un verbe, l'utilisation d'une image, une personnification, une anaphore ou une métaphore apporte un plus aux écrits.

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Pour insister sur cette idée avant de passer à l'écriture, après l'écoute de la lecture d'un extrait du texte de Genevoix, un travail identique a été réalisé. Le travail a porté sur la personnification qui transforme l'artillerie en une meute de loups, une colline qui devient folle, les obus en une série de faux de la mort.

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Pour conclure cette partie, Jérémy remarque que l'on rentre dans le concret, sans poétique.

Ce que Marcel n'a pas réussi à écrire...

Le constat est simple : Marcel Dixneuf n'a pas écrit cette horreur qu'il a pourtant côtoyée tout au long du conflit. Dans une lettre, il sous-entend qu'il aurait beaucoup à dire, mais il ne le fait pas. Afin d'évaluer ce qui a été compris de cette guerre dans laquelle ce jeune homme de 21 ans a été plongé, nous avons imaginé une activité où les élèves se mettent à la place de Marcel Dixneuf et mettent des mots sur ce qu'il n'a pas dit. Les contraintes sont nombreuses, mais les deux paragraphes écrits doivent pouvoir s'intégrer dans une vraie lettre de Marcel, inédite pour les élèves, donc ils doivent être fidèles à ce que l'on sait de lui, son registre de langage par exemple. Il doivent d'abord, pour suivre le cours de la lettre à l'emplacement indiqué par le (1), raconter une attaque en octobre 1914 (le contexte a été précisé oralement ainsi que l'absence de réseau de tranchées aussi organisé que ceux vu en illustration les semaines précédentes), puis la vie en décembre 1914 (là, les tranchées sont plus organisées) à l'emplacement (2).

Voici la lettre de Marcel Dixneuf :


Ypres, vendredi 18 décembre 1914

Bien chère petite Emilie,

J'ai reçu hier soir ta lettre du 8 ainsi qu'une de P. Priou du 8 également.
Je n'ai encore pu avoir ma photographie dont je t'avais parlé. Je n'y compte plus guère maintenant, mais tacherai de redemander encore. Quels souvenirs en effet ma chère petite Emilie. Quand on songe aux temps du tout petit encore. Je me rendais avec toi à l'école ou mon plaisir être « sur mes Genoux » ! Quel beau temps alors, mais n'y pensons pas, courage, c'est un mauvais moment à passer. Dieu écoutera nos prières et permettra que nous vivions encore cette bonne vie de famille d'autrefois ! Hélas, il en manquera à l'appel ! Mais nous savons bien qu'il n'y a pas de bonheur complet en cette terre et ne soyons pas trop exigeants !
Prions donc pour que cette guerre s'achève bientôt et le jour qui nous annoncera la paix sera un bien beau jour ! Plus heureux que vous, malgré ce mauvais temps. Je ne suis même pas enrhumé. Qui aurait cru cela de moi. Vraiment je ne me croyais pas aussi solide ! Merci du bonjour de Mle Reine. Qu'elle espère toujours en effet pour son frère. Peut-être recevra-t-elle bientôt une lettre lui disant qu'il est prisonnier. Je n'ai pas toujours eu le temps de te raconter dans mes lettres, tous les mauvais moments que j'ai passé depuis cette guerre. Je crois que les premiers jours passés en Belgique furent plus mauvais que maintenant, surtout au point de vue dangers ! En ce moment, nous avons surtout à souffrir des intempéries, mais nous sommes moins exposés. A notre arrivée en Belgique, le 66ème avait attaqué plusieurs fois.
(1)
J'aurais des tristes choses à te raconter à ce sujet, mais il me faudrait trop de temps pour l'écrire !
(2)
Allons, je te quitte. Je te parle aujourd'hui de tout ceci, toi même me le demandant dans ta lettre. Je crois que c'est assez sérieux, enfin tu m'excuseras car tu dois bien penser que je n'ai pas le temps de me faire de brouillon !
Je t'embrasse bien bien dur,
Meilleurs baisers à tous,

Marcel


Les consignes d'écriture ont été lues et expliquées avant que la classe ne soit divisée en deux, chaque professeur s'occupant d'une moitié de classe dans une salle.

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Quelques productions d'élèves :

Ces productions sont proposées uniquement corrigées au niveau de l'orthographe. Le reste est entièrement dû à l'élève. On y trouvera des maladresses qui seront rectifiées, grâce aux commentaires qui sont notés sur la feuille, lors de la prochaine séance. Cependant, nous avons eu le plaisir de constater que les élèves ont été capables de dire des choses très différentes les uns des autres, ce qui a donné parfois des textes très riches qui s'insèrent parfaitement dans cette lettre. Pas de grosse erreur, une bonne prise en compte des consignes et des éléments donnés. ne manquent qu'un peu de vocabulaire dans la 2e partie. mais tout cela sera retravaillé le prochain jeudi.

N'hésitez pas à indiquer les textes appréciés en commentaires !


 

Kévin :

(1) Les bruits de la mitrailleuse faisaient vibrer les tympans de nos oreilles et notre cœur, qui pour certaines personnes s'arrêtait de battre. La peur sur le champ de bataille montait, la peur de ne pas avoir la possibilité de revenir chez nous, la peur de ne pas assister saint et sauf à la fin de cet enfer, la peur de savoir si nous seront encore vivants ce soir. Cette bataille continuait de taper devant nous et je décidais d'aller arrêter et mettre fin à ce vacarme qui mettait la boule au ventre de nos soldats qui en avaient encore un. Dans des moments comme celui-là, on se dit toujours « je serai là encore ce soir et je penserai à vous dès que la bataille sera gagnée », dieu est là pour me protéger et me donner un peu plus de chance de vous revoir un jour.

Je choisi de regarder le nombre de malchanceux de ma tranchée. Pour savoir qui serait là pour notre contre-attaque sur le flanc droit de ce champ de bataille. Malheureusement, les trois quart de la tranchée ne va pas continuer ce chemin avec les survivants. Nous allons sur le flanc droit en passant par derrière une maison qui est entre les deux tranchées. Deux ou trois de nos soldats restaient dans la tranchée pour tirer sur les ennemis en face et pendant que nous contournions le champ pour avoir les Allemands par la droite par surprise. Mission et bataille accomplies, les Allemands ne s'attendaient pas à ce qu'on apparaisse sur leur droite. La grenade que je leur ai envoyée a fait l'effet d'une boule et les a couchée chacun leur tour comme des quilles. Nous faisons signe à nos amis qui étaient restés dans la tranchée d'en face qu'ils pouvaient venir, c'était libre.

(2) Tous ce que je peux te dire c'est que, rassure-toi, cette semaine paraît tranquille, sans danger et même si c'était une semaine dangereuse, le Seigneur sera là pour moi et mes camarades. Comme il l'a été ces nombreux moments où j'ai cru que je ne vous reverrai plus.


Sébastien :

(1) Mais comme souvent la première est la plus horrible. Je n'oublierai jamais les cris d'horreur poussés par mes compagnons lorsqu'ils se faisaient embrocher par les baïonnettes allemandes ; le bruit que faisait l'explosion des obus qui s'écrasaient à 5, 10, 15 ou 20 mètres de moi ; les balles qui sifflent, les obus qui miaulent, les hommes qui crient faisaient le rythme insoutenable de la guerre. Je sentais la sueur perler de mon front quand, le cœur battant, j'entendis notre lieutenant sonner le retraite. Une fois « en sécurité », nous sentions encore les odeurs de poudre, nous entendions encore les cris de douleur et nous voyons encore des choses que je n'ose pas te décrire tellement elles étaient horribles.

(2) Les minutes avant l'attaque par exemple sont une des épreuves les plus difficiles de la guerre. Nous sommes courbés en deux en priant de ne pas se faire pilonner par des obus. Nous sommes concentrés, très concentrés et on pense à nos familles. Je pense à vous, je prie dieu de pouvoir revoir vos doux visages remplis d'amour et de gentillesse. Je prie de pouvoir un jour rentrer et vous serrer dans mes bras. Je supplie dieu que cette horrible guerre s'arrête et que je puisse rentrer. Mais le signal du lieutenant nous tire de nos pensées, bien que nous préférerions y rester et dans un dernier soupir, nous nous lançons à l'attaque en hurlant de rage et de peur.


Marine :

(2) Emilie, avant l'attaque, je prie souvent pour ne pas être tué, j'ai tellement envie de rentrer pour tous vous revoir. Avant d'attaquer, nous avons tous la boule au centre, nous tenons ns armes bien fort, personne ne se parle, nous échangeons quelques regards et nous comprenons : chacun sait que c'est peut-être la dernière attaque, chacun sait qu'il peut mourir. Personne n'aime quand le chef dit « Allez ! » ou « A l'attaque ! », je pense que tu dois savoir pourquoi. Je ne t'en dirai pas plus. Sache que je pense beaucoup à vous.


Maxime :

(1) Nous nous sommes battus au fusil et à la baïonnette. Le combat fut dur et sanglant mais après de nombreux efforts, nous avons vaincu. Je ne fus pas blessé, ne t'inquiète pas ma petite sœur, tout va bien pour moi. Il y eut beaucoup de morts pendant ces nombreux combats en Belgique. J'ai souvent prié durant pendant la suite des combats. J'ai eu peur de mourir plusieurs fois mais je me donnais du courage en pensant à vous et que si nous gagnions, tout pourrait être fini. Puis, plus on avançait, plus il tirait à la mitrailleuse qui avait un effet massacrant sur nous. Autour de moi, les soldats s'écroulaient.

(2) La vie dans les tranchées est dure, les nuits nous nous faisons bombarder, la journée nous sommes morts de peur car nous espérons ne pas nous faire tuer et avant chaque attaque nous sommes crispés à nos armes. Nous prions en pensant à nos familles.

Le plus dur est de voir d'autres soldats morts et en décomposition sur le sol au fond des tranchées. Les mitrailleuses nous tirent dessus à chaque fois que l'on sort des tranchées.


Amandine :

(1) Les Allemands nous ont attaqué à la baïonnette. Ils pénétraient facilement dans les tranchées peu profondes comme des chiens enragés. Ils nous embrochaient par deux ou trois. Ma petite Emilie, j'ai prié et dieu m'a protégé car face à tous ces cadavres, toutes cette horreur, toute cette peur, j'ai survécu. Crois moi, ça n'a pas été facile. Il y avait des cadavres partout, ça sentait la pourriture et on entendait les armes tirer et la douleur des soldats. Bref, c'était insupportable.

(2) La vie dans les tranchées est dure, très dure, il y a des morts tous les mètres. C'est horrible. On voit des morts, on sent même la mort. On l'entend, elle est présente là, à côté de nous tous les jours. On prie tous pour la paix et le bonheur en espérant que ça arrive bientôt. J'espère que bientôt je serai à vos côtés et qu'on sera tous réunis. Priez pour moi car j'en ai besoin. Passer un bon Noël car je ne serais certainement pas à vos côtés malheureusement, mais je défendrai notre pays.


Jérémy :

(1) Et nous avons attaqué dès notre arrivée. Nous avons pris deux lignes ennemies et surtout perdu la moitié du 66e. Arrivés à la deuxième ligne ennemie,n une mitrailleuse a tiré, anéanti, détruit violemment la moitié des hommes qui étaient arrivés jusque là. Ces deux lignes que nous avions eu demeurent au moment où je t'écris cette lettre. Des cadavres plein de mouches, des corps noirâtres en décomposition, tous ces pauvres gens n'ont pas été enterrés, toutes ces vies auront été détruites pour une ligne. Quel gâchis ! Même les animaux sont plus utiles, c'est vrai quand on tue un animal pour le manger c'est un sacrifice, en humain tuer pour avancer c'est de l'égoïsme mais je n'ai pas le droit de me plaindre car en ce qui me concerne je vais continuer à prier pour que cette boucherie sans pitié s'arrête. Je me rappellerai toujours du bruit de mort en rythme déchainé, on préfèrerait se voiler et ne pas entendre.

(2) En ce moment, je suis encore sous le choc. Je viens de vivre un bombardement. Nous nous cachions la boule au ventre, la peur me serrant la gorge. Je vois les corps tombés devant mes yeux, le bruit des obus, des soldats pleins de haine qui crient. J'ai échappé à tout cela en me cachant derrière un tout petit talus qui arrêta un éclat d'obus. Je vais m'arrêter là pour cette fois car à écrire ces mots d'horreur je revois tout ça dans ma tête et cela est insupportable. Nous ne sommes que 13 à avoir survécu dans ma compagnie mais nous nous battons. Nous prions pour que la guerre s'arrête et qu'elle vous épargne, ça en vaut la peine.


Léa

(1) J'ai participé à une attaque plus qu'atroce... Les soldats avaient des baïonnettes au bout de leur fusil, ils transperçaient le corps de mes amis. C'était un mauvais moment. J'ai réussi à toucher quelques personnes, je ne sais si je les ai tuées, mais je sais que je les ai touchées. J'avais vraiment peur de mourir, je tremblais de partout. J'avais des larmes qui coulaient le long de ma joue. Pour les Allemands, nous étions des insectes. Il y avait un soldat qui voulait me dire quelque chose, cette chose avait l'air importante. Je n'avais malheureusement pas entendu, juste après que ses derniers mots sortent de sa bouche, il se fit harponner. Il m'a lancé un dernier regard et il tomba par terre. Il y avait une odeur de fumée. Au bout d'environ 10 minutes, j'ai entendu un cri : un homme qui se faisait achever (...).


Le jeudi 6 janvier, travail sur les pertes du 66e RI en 1914, lecture de lettres avant que chaque élève ne propose une nouvelle version, corrigée, de ses deux paragraphes.

B. C.