Depuis le début du projet, les élèves ont découvert comment trouver des informations sur une personne, construire une biographie. Cela a permis de découvrir Marcel Dixneuf, sa vie, ce qu'il était, qui il était. Maintenant, il s'agit de comprendre ce qu'il a vécu. La semaine dernière, les élèves ont pris connaissance des grandes étapes de la guerre. Cette semaine, il s'agit de comprendre ce qu'il a vécu entre 1914 et 1918.

 

Dire l'horreur :
Après la lecture de la lettre de Marcel Dixneuf du 20 septembre 1914 puis d'un extrait d'une lettre de René Jacob (extraite de Paroles de Poilu), les élèves ont constaté que Marcel Dixneuf tait la réalité de sa vie de combattant. Il y a plusieurs expressions qui, en plus de l'absence concrète d'informations, disent son silence. Au contraire, l'étude de la seconde lettre a montré une manière particulière de dire l'horreur.

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Pour ne pas inquiéter sa famille, cet homme raconte mais sans parler de lui. Il n'est qu'un témoin et gomme toute allusion à sa propre action dans les combats.

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Les élèves ont d'abord mis en avant le mot "cadavre", présent 7 fois et on réussi à mettre évidence qu'il s'agit d'une anaphore. Il ne dit pas "mort" car le mot cadavre est plus fort. des adjectifs comme "noirâtres" ou "verdâtres" permettent d'appuyer, d'accentuer cette idée. On arrive alors à l'étude des champs lexicaux qui vont liés à cette horreur de la guerre : les mots qui décrivent les cadavres et l'utilisation des sens pour dire les choses (vue, ouïe et odorat). Ce travail collectif fut l'occasion d'utiliser des éléments vus en cours de Français. Ainsi, toujours avec l'utilisation de "noirâtres" et "verdâtres", ils ont su montrer que l'utilisation des suffixes péjoratifs renforçait l'idée de décomposition des cadavres.

Bilan de l'étude de la seconde lettre :

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Parce que l'effet théâtral de la découverte du champ de bataille a été vu par les élèves, et parce que l'accumulation autour du thème de l'horreur de ce qu'a vu cet homme a été complètement étudié, le nom de ce type de représentation (très cinématographique d'ailleurs) a été donné : on parle d'une hypotypose.

 

Même si ce n'était pas la question centrale, les élèves en sont arrivés à s'interroger sur les silences de Marcel Dixneuf. La comparaison de ces deux lettres écrite à peu près au même moment poussait d'ailleurs dans ce sens tant le silence de Marcel Dixneuf en devenait criant. Trois hypothèses furent proposées :
- Ne pas inquiéter la famille ;
- L'écrire, c'est le revivre ;
- Comment le dire ?

Cette dernière question aura des réponses dans une semaine puisque les deux séances suivantes sont centrées sur "Comment certains combattants ont-ils dit l'horreur de la guerre ? Quelle horreur ont-ils montré ?". Pour conclure la séance de cette semaine, un travail de groupe a été organisé afin de les préparer au travail suivant, leur permettre une première approche de cette violence, de cette horreur.

Etude de quatre photographies :

Quatre photographies ont été sélectionnées afin de faire travailler les élèves sur les horreurs dont ne parlent pas les deux auteurs des lettres mais qu'ils ont pourtant côtoyé. Huit groupes se sont formés librement, chacun comprenant deux ou trois élèves.  Chaque groupe a reçu un questionnaire et une copie A4 de son image (une même image était étudiée par deux groupes). En un peu plus de 15 minutes, les quatre questions ont reçu une réponse.

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Il s'agissait de déterminer le type de document, en préparation du prochain travail où les supports seront plus variés. Ensuite, en faire une description la plus complète possible avant de mettre des mots sur les émotions visibles et celles ressenties par ceux qui regarde l'image. Et de justifier ces choix. La dernière question demandait de trouver un titre à l'image (incluant les éléments suivants - sans ordre déterminé - : Quoi, où, quand).

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Le travail fut mené avec sérieux et au bout d'une vingtaine de minutes, chacun retourna à sa place pour écouter les commentaires des rapporteurs pour la mise en commun.

Comprendre l'horreur de la guerre au travers d'images :

Le travail des groupes et la discussion autour de chaque image, projetée par vidéoprojecteur sur le tableau, a donné d'excellents résultats, parfois au-delà de nos attentes. Et ce, dès la première image, pourtant floue, de petite taille et difficile à interpréter. Seule la raison du flou n'a pas été trouvée par les élèves avant que l'on pointe le doigt sur cet élément. les mains crispées sur le fusil, la ligne de fuite formée par les parois des tranchées, les visages fermés ont attiré l'attention des élèves des deux groupes. La seule erreur corrigée le fut dans un usage inapproprié du mot guerre dans un des titres, "... en attendant d'aller à la guerre...", le mot guerre étant utilisé à la place du mot attaque.

La suite a été aussi riche. Les élèves ont étudié, sans le savoir, la série de clichés pris à Courcelles en juin 1918. Ce n'est que lors de l'étude de la 2e image de la série que des élèves virent des similitudes, jusqu'à ce qu'ils obtiennent les certitudes (travail d'argumentation) prouvant qu'ils avaient raison. L'étude de cette série d'images a permis de montrer le risque permanent de mourir, deux hommes en train de parler, morts à peine une heure plus tard.

Voici les titres élaborés après discussion sur ceux qui avaient été proposés en groupe. Ils furent notés sur la fiche A3 regroupant les quatre clichés que chaque élève avait (dont le recto est la page avec les lettres étudiés en premier) :

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Image 1 : L'angoisse et la peur dans les tranchées avant l'attaque dans 10 minutes, le 25 septembre 1915.
Image 2 (en bas à gauche) : 11 juin 1918, 13h00 : les hommes au repos se cachent le long d'un talus à Courcelles.
Image 3 (en bas à droite) : "repos éternel" sur le bord d'un chemin à Courcelles, le 11 juin 1918 vers 14h00.
Ce titre a été proposé par Kévin, en référence au titre de l'image précédente dans la série. L'analyse immédiate de ce titre a montré qu'il avait utilisé l'ironie inconsciemment, que c'était un autre moyen de mettre de la distance avec la réalité.
Image 4 (en haut à droite) : Rescapés du carnage du talus de Courcelles, 11 juin 1918 vers 14h00.

Sans le remarquer, le travail sur les images nous a emmené jusqu'à 12h15 (record battu !), bien au-delà du 12h00 théorique... sans que personne ne s'en plaigne, sans que la fin de l'activité ait été perturbée par l'agitation synonyme de lassitude. Encore un programme intense que la motivation du groupe a permis de réaliser intégralement. Félicitations à tous !

La semaine prochaine, l'étude de huit nouveaux documents permettra d'avancer dans la découverte de ce que vécurent ces hommes, quels mots ou par quels moyens ils le dirent. Avant de passer à l'écriture, munis d'images mentales, de situations et de vocabulaire précis, de la lettre que Marcel Dixneuf aurait pu rédiger à sa famille pour lui dire.

B. C.

Remerciements à Michel "Tanker" du forum pages 14-18 pour les images qui ont permis une étude précise des images de Courcelles.

Merci également à Alain Beaumard pour avoir, toujours sur le forum Pages 14-18, partagé cette image 1 de cette étude.