Lettres de Marcel Dixneuf :

Les transcriptions qui suivent ont été en grande partie réalisées par les élèves indiqués. Cependant, le plus important étant de trouver des informations, la fin des transcriptions et la correction des travaux ont été réalisées par les enseignants. La transcription d'une seule lettre pouvant durer plus de deux heures et la correction une heure de plus (expérience en club les deux dernières années), il a été convenu que cet exercice était intéressant pour confronter les élèves à la lecture de documents mais que le travail sur le fond était plus important encore. Et la séance nous a montré que même la lecture d'une lettre sur laquelle ils avaient déjà travaillé deux fois n'était pas encore le même une fois confronté à la lettre complète et intelligible par une simple lecture.

Première page de la lettre 7

S0308

 

La troisième séance promettait d'être une séance dense, elle le fut !

Lecture des lettres complètes :

La semaine dernière, chaque paire d'élèves a transcrit la plus grande partie possible de sa lettre. Si certains ont vraiment eu des difficultés à lire l'écriture de Marcel, la majorité est arrivée à la moitié au moins du travail. Cependant, le but n'étant pas de passer une heure trente de plus sur cet exercice, nous avons décidé de corriger et compléter les productions réalisées, l'essentiel étant pour nous les informations contenues dans ces écrits.

 

Au début de cette séance, chaque groupe a donc reçu une feuille comprenant à la fois leur transcription et le texte final. C'est d'ailleurs sur ce texte final qu'ils ont dû chercher une dernière fois des informations qui leur avaient échappées lors des deux premières séances.

 

S0303

Transcription des lettres :


Lettre 1 - Marine F. & Azalaïs D.

18 mai 1914

Chers frères et sœur,


Nous sommes prêts à partir au camps et ce soir je suis obligé de vous écrire au crayon, toutes mes affaires étant ramassées, même les draps. Nous coucherons donc ce soir sur nos matelas à moitié habillés. Nous partons demain matin à quatre heures et nous arriverons là-bas vers midi, midi et demie. Nous n'aurons qu'une grand halte de vingt cinq minutes. Nous reviendrons sans doute le dimanche de la Pentecôte. Nous devons partir de là-bas vers trois heures du matin. Si vous m'écrivez, adressez moi donc vos lettres à la caserne comme à l'habitude, nos lettres nous parvenant là même chose.

Il serait bien à désirer qu'il fasse plus beau temps là-bas qu'ici hier soir et ce soir car nous avons eu plusieurs nuées d'orages dont nous nous passerions bien sous les tentes. Léon a dû recevoir ma carte de Poitiers hier. J'ai pu y allez avec mes deux camarades. Nous somme partis à cinq heures et nous sommes arrivés là-bas à huit heures moins vingt. Nous nous sommes bien promenés toute la journée là-bas. Nous sommes allés à la messe de midi à Sainte Radegonde et nous avons été faire un tour au cercle qui est beaucoup mieux installé et organisé que celui de Tours. Nous avons vu aussi le matin dans le train et en arrivant à Poitiers, plusieurs cyclistes de la grande course Bordeaux-Paris par Tours. L'après-midi nous sommes allés au champ de manœuvre mais les aéroplanes qui y étaient sont partis depuis plusieurs jours. Nous avons vu cependant trois biplans arrivés du matin d'Angers. L'un d'eux s'était avarié en atterrissant et nous sommes arrivés juste à temps pour le déchargement du camion militaire qui l'avait apporté aux hangars. La ville est certainement bien moins belle que Tours mais les alentours, les bords du Clain sont assez jolis. Nous sommes repartis à six heures et arrivés à Tours à neuf heures.
Avant de vous envoyer cette lettre, j'attends le courrier de ce soir car je pensais recevoir peut être une lettre de vous ce matin.
Je termine en vous embrassant tous bien dur.


Marcel


Lettre 2 - Léa R. & Charlène C.

Tours, le 7 juin 1914

Chers frères et sœur,


Il me semble qu'il y a bien longtemps que j'ai reçu de vos nouvelles. Depuis quelques jours chaque matin j'attends avec impatience l'heure ou l'on distribue les lettres et à chaque fois c'est une nouvelle déception. Si vous saviez pourtant comme je suis heureux d'en recevoir. J'espère cependant que tout va bien chez vous et que ce retard (si retard il y a) n'est dû qu'au surcroit de travail imposé à Emilie par son séjour à Boussay. Je suis revenu du camp dimanche dernier. Nous avons eu le réveil à minuit et demie et nous sommes partis à deux heures et arrivée à Tours à neuf heures un quart après une grande halte de 25 minutes. J'ai bien moins fatigué qu'en allant car étant partis plus tôt la chaleur nous a tous bien moins fatigué. Je n'ai pas blessé aux pieds. Je les avais un peu réchauffés et aggravés mais c'est tout. En arrivant j'ai trouvé une lettre de Ferdinand m'annonçant son arrivée pour le lendemain lundi. Je suis allé à la gare le chercher à midi et il a repris le train de 2h34 pour Angers. Il n'a donc pas été longtemps. Nous avons été déjeuner et faire un petit tour à Saint-Martin. Il sera peut-être arrivé à Nantes avant ma lettre car il comptait rester huit jours à Angers seulement. Il retournera en Suisse jusqu'à la fin de l'été. Il dois retourner par Paris pour être rendu en Suisse à la fin du mois je crois. Ce sera donc bien vite passé.

Maintenant, j'ai autre chose à vous apprendre. J'ai pris la Garde de vendredi à samedi pour la première fois. J'ai pris le faction de dix heures à minuit, de six heures à huit heures et de deux heures à quatre heures. J'ai veillé de neuf à dix heures et de minuit à une heure. Nous avons eu de la chance de ne pas l'avoir pris plus tôt que cela. Les nuits sont assez belles maintenant.
Mais ce n'est pas le principal ! Figurez vous que j'ai failli partir à la section !
J'ai toujours dit que je n'avais jamais eu de chance. Une fois de plus, je m'en rends compte ! J'étais hier (samedi) à la Garde au poste quand le fourrier de ma compagnie vint me trouver en me disant que si le commandant me demandait si je ne voulais pas être secrétaire à l'Etat major de répondre non. Il fallait trois hommes au régiment pour remplir cet emploi, un par bataillon. Il en avait été demandé un à notre compagnie et le fourrier m'a dit m'avoir complètement oublié ! On a donc répondu qu'il n'y en avait pas, et on en a pris un à la quatrième. Comme la réponse était donnée, il ne voulait pas que je les contredise, de peur d'être réprimandés. D'ailleurs, il était trop tard. Quand je l'ai su, car ceux qui étaient désignés y sont partis passer un examen, je crois une heure après, ils ont été reçus. Le commandant n'était pas trop content parait-il, n'ayant pas trouvé vraiment ce qu'il fallait ! Ils doivent entrer à la 9e section cette semaine ! Le fourrier ainsi que le sergent de garde qui était présent m'ont un peu consolé en disant qu'il n'y avait pas tous les avantages, qu'on travaillait constamment sous la surveillance des officiers, qu'il était assez difficile d'avoir des permissions et qu'il fallait beaucoup d'argent, mais je sais bien que c'était simplement pour m'empêcher de trop regretter cette affaire. J'ai dit au fourrier que si une occasion semblable se représentait, qu'il veuille bien penser à moi. Il m'a dit que oui, mais que c'était assez rare.
Si vous saviez comme je regrette. J'aurais préféré ne pas le savoir. Je n'en suis pas encore remis !
Enfin, j'espère qu'une autre fois je serai plus heureux.
Je n'ai rien autre chose [sic] à vous apprendre d'ailleurs la place va me manquer. Je pense que vous ne tarderez pas trop à m'écrire et dans cette attente je vous envoie à tous mes meilleurs baisers, sans oublier les petits enfants que j'embrasse tout particulièrement.
Votre frère qui vous aime,
Marcel

J'ai l'intention de demander une permission de quelques jours à partir de dimanche, mais on me dit de ne pas y compter pour le mois de juin, les permissions de longue durée de devant être accordées qu'au mois de juillet et encore qu'aux cultivateurs. On me proposera peut-être 48 heures, mais je n'ai guère envie de les prendre car c'est bien peu pour aller jusque là-bas. Je ne sais dans ce cas quand j'en aurai. Ce ne sera sans doute pas pour tout de suite.



Lettre 3 – Sébastien & Kévin P.

Tours, le 1er août 1914

Chers frères et sœur


Je m'empresse de répondre à vos lettres que j'ai reçues ce matin car je ne sais si demain ou même ce soir j'aurai le temps. Il se passe ici en ce moment ce qui ne s'est pas passé depuis longtemps. Depuis quelque jours on ne parlait plus que de la guerre. Aujourd'hui aux yeux de tous ceux qui sont ici cela parait presque une certitude. Nous ne faisons pas grand chose depuis quelque jours le temps passe aux préparatifs pour la mobilisation. Les voitures sont arrivées, on commence à les charger, les territoriaux chargés de la surveillance des voies de communication sont arrivés et habillés tant bien que mal. On est venu me réveiller hier soir à dix heures pour me demander d'aider le fourrier dans sa besogne. Nous étions sept au bureau et nous avons travailler jusqu’à trois heures et demie ce matin. A l'heure où je vous écris (midi) la grille de la caserne est fermée tellement il y a de monde à l'assiéger. Les officiers ont l'air très préoccupés quoiqu'ils sont tous d'accord à dire que c'est le vrai moment pour nous d'avoir la guerre. On ose encore y croire tellement cela parait terrible.

Je pense pouvoir vous avertir si je partais car nous ne quittons Tours que le troisième jour de de la mobilisation. Nous quittons la caserne aussitôt mais pour aller loger dans une caserne de passage ou des écoles en ville.
Je compte sur vous pour rassurer maman à ce sujet et pour la remonter elle doit être bien inquiète !
Elle m'a envoyé un mandat de cinquante francs que j'ai remis au vaguemestre. Je ne les toucherai que lundi s'il est encore temps ! On donne maintenant des billets de cinq francs dans le genre de ceux qui existent de cinquante ou cent francs. Je n'avais jamais tant vu de soldats au vaguemestre.
On ne laisse plus passer la grille les parents des soldats qui viennent pour les voir. Ils sont obligés de se parler à travers la grille.
Le 32e et le 3e cuirassiers sont complètement prêt à partir, les chevaux de ces derniers sont ferrés à neuf etc.
J'ai appris hier soir l'assassinat de Jaurès. Un beau gibier de moins !
Enfin, espérons, malgré tout que tout cela va s'arranger et que ce ne sera encore pas pour cette fois que nous aurons la guerre. Je vous embrasse tous bien bien dur.

Marcel



Lettre 4 - Amandine B. & Manon B.

Tours, le 3 août 1914

Ma chère petite Emilie,


Quand tu liras ma lettre, Léon sera certainement parti, peut être même que Pierre aussi. Je suis dans un lycée en ville depuis hier soir. J'ai pu trouver un prétexte pour sortir. Je suis allé à Saint-Martin et chez l’aumônier chercher des chaussettes qui me manquaient et déposer ma montre dans ma valise. Je me suis confessé comme cela je suis tranquille, advienne que pourra.

Comme je ne sais ce qui m'attend et si je ne vais pas aller au feu, je te répète ce que j'ai dit à maman hier au cas ou ma lettre ne se rendrait pas. J'ai ma valise chez l’aumônier, Monsieur Rutard 7 rue Babachoux [?] (ma montre est au milieu du paquet de lettres). Vous la reconnaitriez bien. J'ai laissé à la caserne dans une chambre de sous-officiers de la première compagnie ma boite individuelle où est le reste de mes affaires. J'ai marqué sur cette boite mon nom et mon adresse. C'est tout ce que j'ai laissé, le reste est avec moi. Ce sont peut-être des précautions inutiles mais comme il faut s’attendre à tout, je serai plus tranquille.
Nous partons mercredi matin. Les uns disaient pour Chaumont, les autres Langres ville fortifiée, mais je crois que c'est au camp de Châlons. Je tiens cela du bureau et le capitaine nous a dit que nous aurions 36 heures de chemin de fer. Ensuite, personne sait où nous irons ! Léon faisant comme moi partie du 9e corps d'armée, nous irons donc au même endroit très probablement. Peut-être les hasards de la guerre nous permettrons ils de nous voir et nous pourrons peut-être avoir plus facilement de vos nouvelles.
Je tacherai de te faire parvenir de mes nouvelles une fois parti et je pense t'envoyer un mot avant de quitter Tours.
Ne nous oublie pas dans tes prières et par l'intermédiaire de tes petits enfants. Quant à moi je remplirai mon devoir envers Dieu et la France.
Console maman autant qu'il te sera possible, pauvre mère comme elle doit être inquiète de nous voir partir tous quatre !
Je suis tous ces jours au bureau de la compagnie. Hier soir nous avons travaillé jusqu'à onze heures encore et cette nuit nous avons couché sur la paille dans les classes. Voici ma nouvelle adresse :
1ère compagnie
1er bataillon
66e régiment d'infanterie
par Tours, Indre et Loire

A demain. Je vous enverrai un autre mot.

Je t'embrasse bien bien dur ainsi que toute la famille à qui je n'écrirai probablement pas, _ _.
A monsieur et madame Brichet mon meilleur souvenir. Tu seras heureuse de les avoir toi aussi pour te consoler. Sois forte et tache de remonter maman. Ton frère qui t'aime et t'envoie ses meilleurs baisers.

Marcel


Lettre 6 - Maxime G. & Jean-Eugène K.

Dimanche 20 septembre 1914

Mon cher petit Léon


Deux mots seulement pour te dire que je viens d'apprendre par des lettres de chez nous que tu es blessé.

Je n'ai guère le temps de t’écrire une longue lettre. Tu dois savoir ce que c'est. Je veux simplement te dire que je pense bien à toi et que [je] compte sur de longues et fréquentes lettres de ta part pendant ta convalescence. Je pense que maman et Émilie te feront parvenir de mes nouvelles en te donnant plus de détails car je leur écris le plus régulièrement possible.
J'étais d'abord aux environs de Nancy pas loin de toi. Nous avons manqué l'embarquement pour la Belgique avec vous à cause de la reprise de Nomeny et depuis quelques jours, nous sommes revenus par le train dans l'Aube et la Marne où nous avons pris part surtout à un violent combat.
Je ne te dis rien de plus aujourd'hui. Je suis tellement abruti par cette vie que nous menons que je n'ai guère l'idée à écrire et d’ailleurs peu de temps. Je suis à part cela en très très bonne santé. Je mange très bien et ne tousse pas du tout.
Espérons que cette guerre sera bientôt finie et que bientôt nous serons tous réunir. Quel beau jour alors !
Allons, mon cher petit Léon, je te quitte. Prions tous et ayons confiance. Je suis avec toi de tout cœur. Je t'embrasse bien bien dur.
Ton petit frère qui t'aime.

Marcel


Demande donc de mes lettres à maman si tu le veux bien cela te distraira si tu t'ennuyais à l'hôpital car je t'assure que je n'ai guère le temps de t'en écrire plus long à mon grand regret.


Lettre 7 - Thomas H. & Sullivan B.

St-Jean, lundi 23 novembre

Bien chère petite maman,

Nous avons été relevés de première ligne hier matin, quatre heures. Nous sommes revenus en deuxième ou troisième lignes à St Jean un peu en avant de Ypres. Il fait tellement froid ces jours-ci que nous sommes en cantonnement, n'étant pas en première ligne. En arrivant ici, pendant qu'on était à chercher notre cantonnement, on m'a remis une lettre de toi, une lettre d'un ami blessé, une lettre de P. Priou et un colis venant de toi dans lequel était ta lettre et le billet de 5 francs que tu y avais mis ! Je m'empressais de l'ouvrir dans le champ où nous étions malgré le grand froid qu'il faisait, la neige et la forte gelée qu'il y avait. Le tout était bien commode : le caleçon est très bien et juste comme ceinture. Le passe montagne que j'ai pris aussitôt m'a fait bien plaisir, et tu remercieras bien Eugénie Moreau. Tu comprends qu'il m'est encore plus précieux sachant qu'il me vient d'une amie ! Encore une fois merci pour le tout ! Quant à l'argent, je ne vais pas en avoir besoin maintenant d'ici un moment car je n'ai pas toujours l'occasion de le dépenser. D'ailleurs, je suis nommé sergent depuis le 18 et la paie étant un peu plus forte me suffira peut être en ces tristes temps ! Comme je te le dis au commencement de cette lettre, ces jours-ci il fait bien froid, nous allons donc connaître toutes les souffrances puisque nous avons connu les souffrances de la chaleur, de la soif, de la faim et maintenant celle du froid ! Malgré cela, je suis toujours bien portant et même pas enrhumé. Tu vois que dieu ne nous abandonne pas ! Nous avons couché dans une salle de café où presque toutes les vitres sont cassées et remplacées par des serpillères. Il n'y fait pas trop chaud, mais cela est tout de même bien mieux que les tranchées puisque nous y avons de la paille. Quant aux lits, ma chère petite maman, nous n'y couchons jamais ce qui ne doit pas t'étonner et il est probable qu'il faudra attendre la fin de la guerre pour y coucher ce qui vaut encore mieux que d'y coucher avant étant blessé, ce que je ne désire pas ! J'apprends par ta lettre le nouveau deuil qui vient encore de frapper notre famille. Il ne me surprend pas trop quoique ne sachant pas que notre cousin allait plus mal. Je vais tacher d'envoyer un mot à Auguste car quoiqu'étant loin de vous, je partage toutes ces peines. Ce matin, j’ai pu communier dans la jolie église de ce pays aux intentions de tous nos morts et particulièrement de votre cher frère, tante Philomène [Guibert] et Emile. Quant à notre cher petit Edouard du Ciel, il a bien dû de son côté penser à nous tous dans ses prières et obtenir des nôtres la grâce d'une bonne mort. Quelle consolation ! Pierre Priou me fait part sur sa longue lettre de la mort de notre ami A. Défontaine. Pourquoi ne me l'avais-tu pas dit ? Je vais tacher également d'envoyer un mot à sa mère ! Pauvre mère !
J'espère qu'il n'en sera pas de même de Léon Martin et que bientôt la sienne recevra de lui ce mot tant désiré ! Que de larmes pour beaucoup ! Que de souffrances ! Que d'angoisses ! Si tu vois Pierre Priou, remercie-le bien de sa lettre, la première qui m'est parvenue et dis lui que je vais lui écrire incessamment, sitôt que le temps et les circonstances me le permettront ! Hier, le 77e est passé devant nous. J'ai vu deux pays, l'un Siméon Rousseau (je crois) de la classe 14 de la Grassetière il me semble, et l'autre Célestin Rousseau de la Nourissonière. Je ne suis pas très sûr de leurs prénoms et de leur village, tu sais comme je suis et depuis que je suis parti et du temps, je ne me remets pas très bien. On a présenté le drapeau aux bleus que ne sont jamais venus au feu dans une prairie derrière notre cantonnement et ils ont défilé au son des clairons que nous n'avons pas entendu depuis la guerre sauf la charge ! Nous sommes tout près de Ypres que les Allemands bombardent encore. Hier soir la cathédrale et une autre église étaient la proie des flammes ! Quels actes d'infamie, quelles tristes vengeances ! Une si jolie ville et de si beaux monuments, les églises surtout étant très riches et très belles par ici. Quel beau pays pour la religion ici !
Nous couchons encore ici parait-il encore ce soir et nous devons retourner en arrière prendre du repos quelques jours !
Je vais envoyer un mot à Emilie, mais je pense que tu lui passeras cette lettre car je vais lui mettre quelques mots lui disant que je suis en bonne santé, il fait froid et je n'ai guère d'endroits pour me mettre à l'abri du froid ! Donc tu lui passeras sitôt lue si tu veux bien !
Bonne santé à tous
Je suis avec toi de tout cœur et t'envoie ainsi qu'à toute la famille mes meilleurs baisers.

Marcel


Lettre 8 - Solène H.-O. & Angélique R.

Hooge (Ypres) Dimanche 13 décembre

Bien chère petite Emilie,

Je pensais être relevé cette nuit mais hier soir il y a encore eu contre ordre et nous sommes restés ici. Aujourd'hui, je prie tout particulièrement aux intentions de la France entière et demande à Dieu qu'il exauce nos prières et nous rende bientôt à nos familles. Je suis à t’écrire en plein air près d'un foyer improvisé. J'ai trouvé une veille boite à biscuits que j'ai transformée en fourneau que j'alimente avec du charbon trouvé également près d'ici. Je t’assure que ça vaut vraiment le coup d’œil ! Avec du chocolat que tu m'avais envoyé, j'ai pu ce matin m’offrir une chose qui m'a régalée comme je ne me souviens pas depuis longtemps. Avec du lait qu'un camarade m'avait trouvé, j'ai pu, dans ma gamelle sur mon fourneau, me faire un chocolat au lait ! Quelle gourmandise ! Heureusement que l'occasion ne se présente presque jamais ! Je disais la même chose à maman en racontant que j’étais bien bavard, mais elle aussi me demande tous ces petits détails ! L'autre jour, elle m'a fait bien rire en me demandant sur une de ses lettres si je laissais pousser ma barbe !
Allons, je te quitte. J'espère apprendre par ta prochaine lettre que Pierre reste à Nantes. Je le désire de tout mon cœur.
Bons baisers à toute la famille.
Ton frère qui t'embrasse bien fort ainsi que tous tes chers petits enfants Pierre et Emile.

Marcel

J'oubliais de te dire que j'ai trouvé une paire de godillots tout neufs, un peu grands mais qui font cependant bien mon affaire ! J'en suis très heureux.


Lettre 11 - Adem E. & Quentin S.

Le 20 décembre (Dimanche)

Ce matin on me remettait une lettres de notre cousin Auguste en réponse à celle que je lui ai écrit à la mort de ce pauvre Emile ainsi que le petit colis que tu m'avais adressé qui, tu n'en doutes pas, m'a fait bien plaisir comme toujours ! Tu avais mis sur l'adresse (comme cela est déjà arrivé autrefois) 1ère compagnie 1ère division ou bien de 1ère compagnie 1er bataillon, mais je l'ai toute de même bien reçu ce qui est le principal ! Malheureusement, le tartare que tu m'avais envoyé était tout fondu et mon paquet contenait toute une marmelade qui passait même à travers le linge renfermant le paquet. Heureusement il n'y a presque rien d'abimé. Le fromage, qui m'a fait bien plaisir, était soigneusement enveloppé et le papier enlevé, celui-ci n'eut pas de mal ! Il n'y eut à peu près que le journal qui était plein de réglisse, le chocolat n'ayant pas été touché et les paquets d'instantané n'ayant pas de mal, l'enveloppe étant épaisse. J'en ai encore de reste et je ne suis pas enrhumé du tout et ne tousse pas si toutefois je ne trouvais pas, je te le dirai aussitôt. Je t'ai écrit il y a déjà quelques temps de m'envoyer un chocolat de 5 divisions qui se casserait moins vite à mon avis que le 10. De temps en temps, tu serais bien aimable de joindre au colis de la bougie, ceci me manque beaucoup maintenant que les nuits sont longues. Tu pourrais aussi demander à maman un peu de vaseline en petite boite de 20_. ceci est très pratique pour me mettre sous le nez. L'autre jour j'avais un peu eu mal et j'étais heureux d'en avoir. En ce moment, je ne m'en trouve plus et c'est plutôt en cas de besoin. Tu vois que je ne me gène pas ! Je t'assure que tes colis me font bien plaisir et je t'en remercie beaucoup.
Nous sommes toujours au même endroit en tranchée de réserve.
Bons baisers à toute la famille.

Je t'embrasse bien bien dur, sans oublier Pierre, Emile et toute la petite famille.
Ton frère qui t'aime bien

1ère compagnie
1er bataillon
66e de ligne
Secteur postal n° 67


Lettre 13 - Jérémiah B. & Brayan F.

Zonnebeke, Mercredi 23 décembre

Bien chère petite Émilie
Nous Sommes dans les mêmes tranchée où nous allons très probablement passer la nuit de Noël et faire un triste réveillon ! La neige tombe un peu encore ce matin et nos tranchées n'en sont pas mieux car la terre est toute détrempée. Je suis toujours malgré cela en très très bonne santé. Je ne suis pas enrhumé et ai très bonne appétit ! Je pense recevoir de vos nouvelles demain matin, les lettre nous étant remises à peu près tous les 2 jours.
Meilleurs souvenirs aux employés sans oublier père et mère Candie !
A toi ma cher petite Émilie, à Pierre, Emile et tes chers petits enfants mes meilleurs baisers

Marcel

1ère compagnie
1er bataillon
66e de ligne
Secteur postal n° 67


Lettre 14 – Pressilia E. &                                    

Ma chère petite Émilie

Zonnebeke, le 24 décembre 1914 (jeudi)

J'ai reçu un matin une lettre de mon camarade de Verneuil me disant qu'il venait de recevoir une carte de Léon toujours à Verneuil. Ainsi que deux colis venant de maman contenant mes souliers qui ne me serviront guère puisque j'en ai trouvé l'autre jour et quelques petites provisions qui me font bien plaisir ! Je suis dans la même trancher où j'ai eu la douleur de voir un camarade de ma classe tué net d'une balle dans la tête ! Quel triste spectacle ! Nous sommes relevés cette nuit pour retourner en deuxième ligne. Je n'ai même pas vu Baptiste Marchais de Vallet. Avant hier soir le deuxième et le troisième bataillon ont subi des pertes tout près de nous à notre droite :Ils ont reçu des obus, shrapnells, bombes _ et les Allemands ont chargé sur leurs tranchées qu'ils ont été obligés d'abandonner. Ils en ont repris, mais les pertes sont assez grandes. On nous dit ce matin qu'il y a 102 morts, dont 4 officiers, une cinquantaine de blessés et une cinquantaine de disparus. Je suis inquiet au sujet de Baptiste Marchais, sa compagnie ayant été très probablement au nombre des éprouvées.
J'attends bientôt de tes nouvelles.
Bons baisers à Pierre, Emile, toute la petite famille et tout particulièrement à mon filleul, qui je l'espère se porte toujours très bien.
Je t'embrasse bien bien dur.

Marcel

1ère compagnie
1er bataillon
66e de ligne
Secteur postal n° 67


Lettre 15 - Jérémy M. & Thomas B.

Ma chère petite Emilie,

Le 25/12/1914

Je pense que tu recevras ma lettre à la fin de cette année ou toute au moins aux premier jours de l'autre aussi je veux t'envoyer aujourd'hui puisque je n'aurai pas le bonheur de te les porter moi-même mes souhaits et mes vœux pour le nouvel an ! Que l'année qui va commencer soit pour notre famille meilleure que l'année 1914, qu'elle nous amène bientôt la paix et nous rende à tous ceux que nous aimons tant. Espérons qu'avec la grâce e Dieu cela viendra bientôt. Prions le donc toujours pour cela et il ne saura résister à nos prières ! Qu'il donne aussi à tous une excellente santé et par la suite une vie longue et heureuse !
Nous avons été relevés ce matin vers quatre heures. Nous avons donc passé la nuit de Noël dans les tranchées, ce que j'étais loin de croire quand la guerre s'est déclarée. Nous avons cependant pu faire un petit réveillon qui, s'il n'avait pas d'éclats, ne manquait pas de pittoresque !
Nous sommes aujourd'hui en tranchées de réserve et nous ne savons pour combien.
J'envoie aussi mes vœux à Pierre et à Emile, ainsi qu'à toute la petite famille, les parents et amis à qui j'ai l'habitude de le faire. Je ne pourrai écrire à tous comme à l'habitude. Aussi je compte sur toi pour leur transmettre. N'oublie pas non plus monsieur et madame Brichet. Aux employés, tout particulièrement monsieur Moreau, mademoiselle Reine, père et mère Caudre, mes meilleurs souhaits aussi.

Ton frère qui t'embrasse bien bien dur.
Marcel

Comme je ne sais pas trop où est Léon en ce moment, je ne lui écrirai donc pas tout de suite. Aussi dans les premières lettres que tu lui enverras, ne manque pas de lui souhaiter pour moi une bonne et heureuse année.


Lettre 20 - Guillaume F. & Bryan P.

Mercredi 5 juin 1918,

Bien chère Emilie

Je n'ai rien reçu de toi ni de maman depuis que je suis ici. J’espère que ce sera pour aujourd'hui. Nous avons passé une nuit un peu mouvementée les avions boches étant venus bombarder le pays où nous sommes. Un sergent et un homme de la compagnie qui faisaient une ronde furent tués par l'une d'elles. Il y eut également plusieurs blessés ! Ils viennent souvent ces sales boches aussi les civils passent-ils de mauvaises nuits, descendant chaque fois à la cave !
Hier soir nous sommes allez tous les nouveaux promus diner chez le colonel. Je te donne si inclus la dispositions des convives ! Tout s'est bien passé mais j'aurais tout de même préféré ainsi que mes camarades diner ailleurs, ce diner ayant été un peu cérémonieux.
Je n'ai pas vu Léon depuis dimanche. Je sais que le 1er bataillon a changé de cantonnement hier soir et les autres régiments de la division ont occupé la deuxième position car nous craignons une attaque des boches dans notre région, le 1er bataillon a d'ailleurs réoccupé son ancien cantonnement ce matin. Il est à quatre ou cinq kilomètres d'ici, et un peu loin pour y aller comme nous sommes en cantonnement d'alerte !
Le courrier est arrivé, mais il n'y a encore rien pour moi aujourd'hui !
Ne nous oublie pas dans tes prières puisque comme je te l'ai déjà nous sommes susceptibles d'être engagés d'un instant à l'autre (n'en dis rien à maman).
Bon souvenir à tous,
Bons baisers à Pierre et aux petits enfants.

Je t'embrasse bien fort,
Marcel

N'oublie pas de me donner des nouvelles de Pierre.
T'ai-je dit que Léon était cité à l'ordre du régiment. Il méritait mieux mais la citation est très bien paraît-il !


Cependant, l'objectif de la séance était d'en savoir plus sur Marcel, plus que l'on ne peut en savoir en lisant ces 12 lettres. Et de leur donner un moyen d'enrichir leur texte tout en les aidant à l'organiser et tout en gardant une trace écrite de tout ce qui a été trouvé afin qu'au retour des vacances Marcel Dixneuf ne soit pas "qu'un soldat sur lequel on a travaillé avant les vacances" !

Centraliser et organiser les informations :

Un peu sur le modèle d'une fiche matricule, chaque élève s'est vu remettre une fiche recto-verso au format A3 regroupant en quatre catégories, toutes les informations disponibles :
- Une carte d'identité regroupant les informations de la période avant guerre ainsi que sur des éléments basiques (date et lieu de naissance, métier, adresse, description physique, niveau scolaire...).
- Un cadre afin de regrouper les informations sur sa famille ;
- Un cadre sur sa carrière militaire, de son service militaire à sa mobilisation jusqu'à son parcours pendant la guerre ;
- Un cadre afin de centraliser sans mise en forme toutes les informations disponibles sur Marcel après la fin de la guerre avant de travailler effectivement sur cet aspect.

 

S0301S0302

 

Ils ont pu constater que la fiche était pré-remplie pour les informations obtenues aux séances 1 et 2 à partir des lettres. A eux d'ajouter en rouge les informations disponibles dans les parties de la lettre qu'ils n'aient pas réussi à lire.

Mise en commun des informations :

La lecture fut une redécouverte des lettres et elle permis de trouver de nouvelles informations, des détails passés inaperçus en raison du blocage lié à la difficulté de lire l'écriture.

La projection d'une frise chronologique permis de constater que finalement, nous ne savions pas grand chose de Marcel Dixneuf en dehors de la période mai/décembre 1914. La question était de compléter les blancs de cette vie.

S0304

D'autres sources pour en savoir plus :

Chaque groupe reçu un nouveau document afin de travailler à nouveau à enrichir cette vie. Chacun devant noter dans sa fiche les nouvelles informations obtenues afin de les communiquer ensuite au reste de la classe. Après plus de 2 séances sur un même document, le travail permis aux élèves de se relancer dans la découverte. En effet, à l'inverse des lettres, la majorité (pas tous !) des documents distribués donnait facilement un grand nombre d'informations, de faits simples et faciles à classer grâce à la fiche A3. Le travail fut donc rapide pour la majorité des groupes, quelques documents posant encore quelques difficultés de lecture.

 

La mise en commun permis à tous d'avoir l'impression d'avancer très vite après la maigre récolte initiale. Cependant, malgré la saisie sur ordinateur immédiatement vidéo projetée au tableau, ce fut un travail long car la masse d'information est grande et elles donnent souvent la clef pour comprendre des éléments des lettres. Il n'a donc pas été possible d'aller jusqu'au 12e document lors de cette mise en commun et surtout de laisser le temps aux élèves d'exploiter ce qu'ils ont appris pour rédiger une nouvelle biographie. Ce sera pour demain !

Voici le bilan après 5 document étudiés :

S0306S0307

Demain, cette version pré-remplie sera distribuée afin de remplacer les fiches remplies à la main aujourd'hui : l'ajout d'informations dans un ordre pas toujours chronologique, les corrections ont rendu leur document difficile à utiliser pour rédiger une biographie.

B. C.