Après avoir assisté à une représentation de la pièce "La veillée", des élèves du club ont souhaité poser quelques questions à Laurent Péan. Contact pris, il a accepté de répondre aux questions préparées par Lise et Camille.

Interview réalisée par échange de courriers électroniques ; questions préparées le vendredi 22 janvier 2010 pendant le club, réponses envoyées le dimanche 24 janvier 2010.

LaurentPean

Bonjour monsieur Péan,

Nous sommes deux élèves participant au club "Mes ancêtres dans la Première Guerre mondiale", Lise et Camille. Nous avons particulièrement apprécié votre pièce. N’ayant malheureusement pas pu rester après la pièce pour vous poser quelques questions, nous apprécierions beaucoup que vous répondiez à celles que nous avons écrites avec l’aide des autres membres du club.

Nos questions sont regroupées en trois thèmes :

La pièce :

Lise & Camille : Avez-vous fait beaucoup de recherches sur la première guerre mondiale ?
Laurent Péan : La première guerre mondiale est un sujet qui me passionne depuis longtemps. Du coup j’avais déjà beaucoup lu, vu de films et de documentaires avant de décider d’écrire la pièce. Le travail a été plus un travail de vérification que de recherche.

Lise & Camille : Quelles ont été vos sources d’inspiration ? Cinéma ? Littérature ? Musique ?…
Laurent Péan : Je me suis appuyé sur différents films : « Les croix de bois », « Le pantalon », « Un long dimanche de fiançailles », « Les sentiers de la gloire », « Le porteur de destins », « Capitaine Conan » et sur le livre « Le feu » de Barbusse.
J’ai aussi lu des lettres de poilu.
Mais l’ouvrage qui m’a le plus inspiré curieusement est une bande dessinée : « C’était la guerre des tranchées » de Jacques Tardi, qui dans le texte et les images a créé un univers qui me semble être le plus proche de l’image que je m’en fais.
Les chansons proviennent pour la plupart du livre « La musique au fusil ».

Les personnages :

Lise & Camille : Les personnages, Gustave et Noël, ont-ils vraiment existé ? Si non, avez-vous entendu parler de cas similaires ?
Laurent Péan : Ces personnages sont des personnages fictifs. Mais leurs attitudes, leurs comportements opposés face à la guerre sont deux comportements que l’on pouvait retrouver chez les soldats de la 1ère guerre mondiale. Ceux qui, comme Gustave, se « déshumanisaient » pour supporter les horreurs de la guerre, faisant fi des cadavres, faisant fi de la mort en maniant l’humour noir et ceux qui comme Noël, avaient gardé les repères de la vie civile et pour qui la mort (reçue et donnée) restait insupportable, comme elle l’est pour nous dans notre société en paix.

J’ai vu des films de l’époque sur des soldats dans des hôpitaux qui étaient pris de tremblements convulsifs, ou qui se mettaient à hurler dès qu’ils entendaient un sifflement ou encore qui marchaient recourbés presque à quatre pattes, ne parvenant plus à se redresser… On parle souvent des blessures corporelles chez les soldats mais peu des blessures mentales… Si le personnage de Noël n’avait pas été tué par Gustave, il aurait certainement fini dans un asile psychiatrique.   

Lise & Camille : La lettre lue dans la pièce est-elle une véritable lettre de poilu envoyée à sa famille ?
Laurent Péan : Non. C’est une lettre que j’ai écrite mais je me suis inspirée de plusieurs lettres existantes. 

 

Ecriture, mise en scène, acteurs :

Lise & Camille : Avez-vous pris des cours de chant ?
Laurent Péan : Non. J’ai un peu l’oreille musicale car j’ai fait de la musique étant plus jeune. De toute façon sur cette pièce il n’est pas nécessaire de bien chanter, l’important est de ressentir la chanson et ce qu’elle raconte…

Lise & Camille : Ces rôles vous ont-ils demandé beaucoup de travail (répétitions, modifications des dialogues, travail de mise en scène…) ?
Laurent Péan : J’ai écrit cette pièce en 2005 mais à l’époque j’étais tout seul sur scène, il s’agissait d’un monologue. Je l’ai adaptée en 2008 à deux comédiens. Il a fallu à peu près un mois de répétitions à raison de deux à trois fois par semaine pour monter la pièce.

Je voulais une mise en scène assez simple. Je pense que le sujet et le texte sont assez forts et qu’il est inutile de les noyer dans une démonstration de mise en scène.

L’interprétation est venue toute seule, au fil des répétitions. Le travail du comédien n’est pas de construire mais de retirer des barrières… ses propres barrières… Ses barrières que l’on se met pour cacher nos faiblesses car dans notre société il faut être fort. Pour incarner Noël, il fallait que je montre cette vulnérabilité… et en quelque sorte ma vulnérabilité… Se mettre à nue, c’est en cela que le théâtre est difficile. Jouer un personnage ne se résume pas à apprendre un texte et à se déplacer sur scène, cela ne représente qu’1% du travail du comédien, vivre le personnage, voilà le vrai challenge.   

Lise & Camille : Est-ce difficile de jouer pendant une heure à deux sur scène ?
Laurent Péan : Non. Si on est concentré, si on est dans nos personnages, c’est assez simple. On se laisse porter par la pièce et par nos personnages.

Lise & Camille : Pourquoi avez-vous remercié le public à la fin de la prestation ?
Laurent Péan : J’ai remercié le public parce que je sais qu’il y avait beaucoup d’élèves qui n’avaient jamais été au théâtre et qui plus est, voir une pièce dramatique avec seulement deux comédiens. J’ai trouvé que l’écoute était de qualité et que le respect de notre travail était là, ce qui n’est pas toujours le cas dans les séances scolaires. J’ai donc remercié le public comme des fois je signale mon mécontentement.     

Lise & Camille : Pourquoi avez-vous choisi de faire une pièce sur ce thème ? Avez-vous une curiosité ou un intérêt particulier pour cette période ?
Laurent Péan : Oui, depuis tout petit je porte un intérêt à cette période mais uniquement sur l’aspect humain, la vie de ces hommes pendant cette guerre. Par contre l’aspect militaire ne m’intéresse pas du tout.

Lise & Camille : Pourquoi avoir choisi cette approche très humaine, très loin de l'image d'action qui va avec le mot guerre où que l'on peut avoir dans les films, et qui a surpris certains élèves ?
Laurent Péan : Parce que c’est ce qui me touche dans ce conflit… l’aspect humain… Comme je l’ai dit plus haut l’aspect militaire ne m’intéresse pas du tout… Il s’agit avant tout d’une pièce sur l’être humain… Imaginez-vous partir de chez vous… quitter vos proches… aller vous enliser dans de grands fossés boueux… monter à l’assaut sous la mitraille… voir vos camarades tomber et se dire : « merde le prochain ça peut être moi ? »… Imaginez-vous ! Quelle serait votre réaction ? C’est de ça que je voulais parler.

Lise & Camille : Notre club nous aide à retrouver le parcours de membres de notre famille durant cette guerre. Avez-vous fait de telles recherches dans votre famille ? Si oui, accepteriez-vous de nous en parler un peu plus ?
Laurent Péan : Non je n’ai pas fait de réelles recherches à ce sujet. J’ai questionné un peu mes grands parents à ce sujet mais ils n’ont pas été très bavards. Je sais juste que mes arrières grands pères y sont tous allés et qu’ils sont revenus vivants.

Merci encore pour cet agréable moment passé en votre compagnie.

Lise & Camille